Le Blog de RichesHeures.net

samedi, 12 juin 2010

22 juin 1940 : L’armistice de la clairière de Rethondes

L’armistice devant mettre un terme à la première guerre Mondiale, fut signé en forêt de Compiègne, dans le wagon-bureau du maréchal Foch, le 11 novembre 1918. Afin de laver ce qu’il considère comme une humiliation infligée à l’Allemagne, Hitler exige de signer l’armistice avec la France au même endroit et dans le même wagon.

On a pour cela ressorti la voiture ferroviaire N°2413 de la Compagnie Internationale des Wagons-lits et des Grands Express Européens, du musée qui l’abritait depuis 1927 et on l’a installée à l’emplacement exact qu’elle occupait dans la nuit du 10 au 11 novembre 1918. Les plénipotentiaires français ne seront pas en mesure de redire quoi que ce soit devant l’affront. Tenter (vainement) d’adoucir les terribles conditions imposées par le Führer, suffira largement à leur peine. La France a les deux genoux à terre : « Vae Victis » (« Malheur au vaincu »).

Le prix de la défaite :

Le 21 juin 1940, Hitler arrive dans la clairière de Rethondes, notamment entouré d’Herman Goering, de Rudolf Hess, de Joachim von Ribbentropp et du général Keitel. C’est à ce dernier que reviendra le privilège de mener l’affaire. Hitler passe ses troupes en revues en multipliant les saluts. Il s’arrête devant la dalle commémorative et se fait traduire par Ribbentrop l’inscription géante : « Ici, le 11 novembre 1918, succomba le criminel orgueil de l’empire allemand vaincu par les peuples libres qu’il prétendait asservir. » Un peu plus loin, le monument érigé en mémoire des libérateurs de l’Alsace-Lorraine a été recouvert d’un drapeau nazi, que le vent tente timidement de soulever.
Hitler grimpe dans le wagon et prend place autour de la table. La délégation française emmenée par le général Huntzinger arrive et s‘installe à son tour. Huntzinger fait face à Hitler. A 15h30 Keitel se lève et lit les conditions d’Armistice. Les discussions vont durer presque toute la journée du 22. Huntzinger est en contact permanent avec le général Weygand, ministre de la défense réfugié à Bordeaux avec le gouvernement. En fin d’après-midi, Huntzinger reçoit l’autorisation de signer. A 18h50, « Ite missa est » (la messe est dite).

Un symbole profané :

La clairière de Rethondes fut pendant l’occupation allemande l’objet de bien des outrages. Les allées furent labourées, les monuments démontés et emportés en Allemagne, de même que le wagon. L’abri musée fut rasé. Seule la statue de Foch échappa au carnage. Le wagon avait une valeur symbolique trop forte pour les Nazis. Ils l’exposèrent comme un trophée à Berlin, puis le remisèrent dans une gare de triage et tentèrent enfin de le dissimuler dans un village du centre du pays. A l’approche des troupes américaines, un groupe de soldats allemands obéit aux ordres et mit le feu à la relique.
Dès le 11 novembre 1944, les autorités françaises organisèrent  la première commémoration de la Victoire de 1918 depuis cinq ans. On recueillit la flamme sacrée sous l’arc de Triomphe et des relayeurs portèrent le flambeau jusqu’à la forêt de Compiègne, « pour purifier, ce lieu où l’Allemagne avait cru prendre sa revanche. » Des brasiers illuminèrent la nuit, pour la cérémonie d’exaltation patriotique d’un peuple trop longtemps humilié.
Les pièces des différents monuments furent découvertes en Allemagne et rapatriées. On reconstruisit un abri-musée dans lequel on plaça un wagon identique à l’original, fabriqué dans la même série, en 1913. Il fut meublé avec le mobilier authentique, caché entre 1940 et 1944. Le 11 novembre 1950, la clairière avait entièrement été remise en état.

Vidéos de l'INA :

Vidéo 1 :
La débâcle de l’année 1940, avec le tragique armistice de la forêt de Compiègne. La première partie de la vidéo n’a pas de bande son, mais les images parlent d’elles-mêmes : montée des extrémismes, déclenchement de la guerre, mobilisation, Dunkerque, la Wehrmacht défilant au pied de l’Arc de Triomphe et sur les Champs, Croix gammée flottant au sommet de la tour Eiffel, Compiègne avec le drapeau nazi recouvrant les monuments érigés à la mémoire des combattants de 1914-1918… La seconde partie est un journal d’actualité tentant de convaincre le peuple français que son armée tient bon dans la tourmente.


Vidéo 2 :
Commémorations de l’armistice 14-18 le 11 novembre 1944. Les troupes alliées défilent sur les Champs et la flamme prélevée sur la tombe du soldat inconnu galope de Paris à Compiègne, pour une scène de « purification » patriotique (en fin de vidéo).

Stéphane Gondoin

samedi, 29 mai 2010

18 et 19 mai 1940 : La prise du fort de La Ferté

Après avoir balayé la maison fortifiée de Saint-Menges et les maigres défenses françaises,  les divisions Panzer commandées par Guderian foncèrent vers Sedan et traversèrent la Meuse le 13 mai à 15 heures. Les jours suivants, elles exploitèrent leur avantage et entamèrent une percée vers l’ouest. Les retranchements de Villy et de la Ferté menaçaient leur flanc gauche.

Le village de Villy avait été fortifié à la fin de l’année 1939 pour servir de point d’appui au fort de la Ferté. Ce dernier constituait l’ouvrage le plus occidental de la ligne Maginot. Il était composé de deux blocs en béton distants d’environ 200 m, et reliés entre eux par un couloir souterrain. En surface n’apparaissaient que les six cloches de guet ou de tir et une tourelle à armes mixtes. Seule celle-ci avait la possibilité de tirer dans toutes les directions, les autres armes n’étant pas conçues pour faire feu vers l’arrière. L’ensemble était précédé d’un réseau de barbelés, de rails et de défenses antichars. Une centaine d’hommes du 155e RIF (Régiment d’Infanterie de Forteresse) y avaient été affectés, sous le commandement du Lieutenant Bourguignon.

Un enjeu stratégique

Dans la journée du 15, l’état-major allemand décida de s’emparer du village de Villy et des hauteurs avoisinantes. Les premières attaques ne donnèrent rien, mais dans la journée du 16, le secteur fit l’objet d’un intense pilonnage par l’artillerie et les Allemands parvinrent à s’emparer d’une colline sur les arrières français. Mais leurs assauts sur Villy continuaient d’être repoussés. Les combats se poursuivirent durant toute la journée du 17 et la matinée du 18. Mais dans l’après-midi, les derniers défenseurs furent contraints à la reddition.  L’envahisseur pouvait maintenant s’occuper du fort de La Ferté.

Une garnison sacrifiée

Les ordres du lieutenant Bourguignon étaient clairs : ordre formel de tenir la position coûte que coûte. Les Allemands débutèrent l’attaque par un intense bombardement d’artillerie. Puis des unités parvinrent à se faufiler sous le feu des bunkers et à neutraliser les cloches de tir. En fin de journée, Bourguignon, entra en contact téléphonique avec ses supérieurs et exposa le caractère désespéré de la situation. Le discours ne changea guère : interdiction d’évacuer le fort ou de capituler. Partout les foyers d’incendie se multiplièrent et les fumées s’insinuèrent dans les différents espaces. Les soldats mirent leurs masques à gaz. Mais les cartouches n’avaient qu’une durée de vie limitée et bientôt elles vinrent à manquer.  Un à un les hommes s’éteignirent asphyxiés. Il n’y eut aucun survivant.

Les Allemands ne purent pénétrer immédiatement dans le fort, tant les gaz peinaient à se dissiper. Ils ne furent en mesure de revenir évacuer les corps qu’au commencement du mois de juin. Les 107 victimes reposent aujourd’hui au pied d’un monument construit à leur mémoire. La Ferté fut le seul ouvrage de la ligne Maginot pris d’assaut.

Stéphane Gondoin

A suivre le 13 juin prochain : La clairière de l’Armistice, à Rethondes

Pour en savoir plus :

1 http://ouvragelaferte.fr/

2 La ligne Maginot, extrait du DVD « Histoire de France - Histoire de ses monuments »


DVD Histoire de France - Vidéo

samedi, 15 mai 2010

12 mai 1940 : Une maison contre des Panzer

Il y a 70 ans de cela, au cours du mois de mai 1940, Les forces hitlériennes se jetaient à l’assaut de l’Europe de l’Ouest, violant au passage les neutralités du Luxembourg, de la Belgique et des Pays-Bas. L’attaque lancée au travers de l’imposant massif des Ardennes, réputé infranchissable pour les chars, surprit totalement l’état-major franco-britannique et entraina la défaite éclair de la France. Richesheures se souvient de cet événement et le commémore à sa façon, en vous proposant en mai et en juin plusieurs articles et suggestions de lecture liés à cet épisode tragique de notre histoire.

Depuis plusieurs jours, les Allemands massent sur leur frontière avec les trois états du Benelux, une colossale armada de chars, de camions et de pièces d’artillerie. Pour empêcher  les avions de reconnaissance ennemis de donner l’alerte, une impressionnante couverture aérienne est mise en place, composée de chasseurs Messerschmitt Bf 109 et de batteries de DCA. Le 10 mai, à 4 h30 du matin, les premiers Panzer commandés par le général Guderian pénètrent dans le grand duché du Luxembourg. C’est le signal de l’offensive. Plus au nord, d’autres attaques emportent les défenses belges et néerlandaises. Généraux français et anglais sont persuadés qu’il s’agit là de l’opération principale et font monter leurs armées stationnées dans le Nord de la France, vers les plaines du centre de la Belgique. Pendant ce temps, Guderian se faufile sur Bastogne, qu’il atteint dans la journée, puis bifurque au sud en direction de Neufchâteau et de Bouillon. Il s’empare de cette paisible petite ville dans la matinée du 12 et engage ses blindés sur les étroits chemins s’enfonçant dans la forêt de Sedan. Le plan allemand devient clair : les Ardennes, ventre mou du dispositif allié, constituent la cible.

La petite maison dans la forêt

La ligne Maginot, construite à grands frais au début des années 1930, s’arrêtait à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Sedan, au fort de La Ferté. A partir de 1938, on avait essaimé dans son prolongement une vingtaine de maisons fortes, construites au cœur des bois situés entre la Meuse et la frontière belge. Elles avaient l’apparence de simples pavillons et pouvaient loger en permanence six hommes à l’étage. Le niveau inférieur était un bunker percé de meurtrières et doté d’un canon antichar.

Au début de l’après-midi du 12 mai, La forêt résonne d’un vrombissement sourd. Les chenilles éventrent le mauvais chemin, le sol se met à trembler et les Panzer de Guderian se présentent en file indienne devant la maison forte de Saint-Menges. Les occupants du petit édifice et les maigres troupes venues en renfort ne sont pas de taille à lutter. Le fossé antichar, les barbelés ou les chicanes ne se montrent d’aucune utilité. Un obus éventre l’étage et des salves de mitrailleuses visent les multiples orifices. A l’intérieur, les défenseurs sont terrassés par la puissance du feu ennemi et doivent finalement se rendre. Le lieutenant Boulenger, le brigadier Colette, le pointeur Guilbert et les canonniers Bellenou et Le Gleut ne se relèvent pas. Ils sont les premiers morts recensés sur le sol français pendant la bataille de France. Ils en annoncent malheureusement bien d’autres.

Stéphane Gondoin

Reconstitutions historiques au fort de La Ferté

Pour commémorer les événements de mai et juin 1940 et le 70e anniversaire des combats de La Ferté (Ardennes), des reconstitutions historiques sont organisées au fort de La Ferté. De nombreuses associations vous présenteront les uniformes et matériels de l’époque. Venez nombreux pour vous replonger dans l’atmosphère de cette année terrible.

Pour tout savoir sur ces commémorations : http://www.ouvragelaferte.fr/news6.html

samedi, 1 mai 2010

Art contemporain et patrimoine : Le Monument Historique comme lieu d’exposition

En visitant le vieux château médiéval de Montélimar, vous aurez la surprise de découvrir d’étonnantes collections d’art contemporain. Il ne s’agit pas là d’un cas isolé : le prestigieux palais de Versailles par exemple, servit il y a quelques temps de cadre à une exposition d’œuvres de Jeff Koons. Amusement, indignation, intérêt, mépris, le contraste des genres laisse rarement indifférent.

Sous l’Ancien Régime, les souverains et les membres de la classe aisée aimaient à s’entourer d’œuvres d’arts pour montrer leur richesse, leur culture, leur pouvoir et assurer la pérennité de leur mémoire. François Ier accumulait ou commandait de nombreux travaux, depuis la toile de maître jusqu’au somptueux château. Il affectionnait les choses originales et nouvelles, parfois d’un goût particulier, comme les curieux parements en faïences du château dit de "Madrid". Louis XIV ou Napoléon Ier avaient des préférences plus classiques et recherchaient surtout des artistes capables de glorifier leur personne et de témoigner de leurs actions.

L’Etat collectionneur

La République a conservé et institutionnalisé la pratique des commandes d’Etat. Georges Pompidou et surtout François Mitterrand, véritables monarques républicains, ont construit plusieurs monuments marquants. Certains portent aujourd’hui leur nom. L’exposition de Jeff Koons à Versailles ressemble elle aussi typiquement à un fait du prince. Il s’agit là d’une spécificité plutôt française, un cas rare parmi les démocraties occidentales.
Mais il existe aussi des politiques d’achat systématique, pour lesquelles l’Etat et des collectivités locales se dotent de budgets réguliers et acquièrent des œuvres d’art. Ces achats « administratifs » laissent parfois songeur quant au processus de désignation des heureux bénéficiaires de la manne publique. Cet argent du contribuable ne pourrait-il pas être mieux employé ailleurs ? Il est vrai que les artistes s’avèrent parfois de précieux alliés politiques et médiatiques.
Il faut donc trouver des lieux de stockage à ces objets souvent fragiles. Beaucoup dorment dans des réserves. On retrouve aussi certaines sculptures massives et résistantes sur des ronds points, parfois dans des zones industrielles où elles semblent à leur place. Des musées spécifiques sont quelquefois créés, mais il est moins coûteux de meubler un monument aux grandes salles vides.

Contraste des genres

Que penser de ces expositions temporaires ou permanentes d’œuvres d’art contemporaines dans des Monuments Historiques ? Contrairement aux restaurations du type de celle du château de Falaise, il ne s’agit ici que de déposer du mobilier. Accrochées à des cimaises, les œuvres peuvent certes choquer, mais chacun sait qu’elles seront retirées sans dégâts. Le public y est donc généralement moins hostile.
L’exposition Jeff Koons à Versailles a fait couler beaucoup d’encre et les critiques ont fusé. Mais la fréquentation du château n’en a finalement pas été affectée. Dans les monuments moins prestigieux, les collections sont généralement plus médiocres et cela tourne parfois à la farce. Certaines œuvres souffrent particulièrement de la comparaison avec le monument qui les abrite. Dans le palais vénitien qui sert de lieu d’exposition à la collection de François Pinault, le riche décor baroque est ainsi dissimulé derrière des panneaux blancs. Les œuvres contemporaines ne sont donc pas écrasées par la qualité de l’écrin.

Mais que ressentent donc les visiteurs « profanes » au fond de leur âme ? Certains ont parfois traversé des continents pour admirer un monument longtemps rêvé et fantasmé. On imagine leur surprise de le trouver ainsi peuplé d’objets incongrus. Certaines œuvres s’avèrent certes distrayantes, mais elles dénaturent les perspectives et nuisent à la découverte architecturale. La visite d’un monument doit aussi être un moment de dépaysement et de sérénité. Y Introduire ces « curiosités » peut rompre totalement le charme et prendre le caractère d’un humour « tarte à la crème » au milieu d’un film dramatique.

Cyrille Castellant

dimanche, 11 avril 2010

Androuet du Cerceau à l’honneur au palais de Chaillot

Jusqu’au 9 mai 2010, la cité de l’Architecture propose une exposition destinée à mieux faire connaître au grand public, l’œuvre de Jacques Androuet du Cerceau, architecte, dessinateur et graveur de la Renaissance française. L’homme n’a presque rien construit, mais a légué à la postérité plusieurs traités d’architecture qui demeurent  aujourd’hui des classiques.

D’abord reconnu pour ses talents de dessinateur, Jacques Androuet du Cerceau (v. 1520 – v. 1586) reçut plusieurs commandes royales.  Les guerres de Religion et son refus d'abjurer sa foi protestante limitèrent malheureusement l'expression de ses talents d'architecte. Il a toutefois participé à la conception de châteaux remarquables, comme Verneuil-en-Halatte, détruit au XVIIIe siècle, ou Charleval, palais démesuré imaginé pour Charles IX, mais abandonné à peine commencé. Le sort semble s’être particulièrement acharné sur ses réalisations et même sur l’image qu’il léga à la postérité. Alors que nous possédons généralement nombre de portraits contemporains d’artistes de ce beau XVIe siècle, notre malheureux architecte n’a bénéficié que de deux hypothétiques figurations posthumes. Androuet du Cerceau reste donc pour nous un illustre inconnu dépourvu de visage.

Maître Jacques a imaginé, conceptualisé, rêvé des bâtiments ou des chantiers qui demeurèrent à jamais dans son esprit. Mais il a surtout reproduit des constructions qui existaient encore en son temps et aujourd’hui disparues, toujours  avec une précision remarquable, parfois teintée d’une naïveté touchante. Dans son œuvre majeure, « Les plus excellents Bâtiments de France » publiée à la fin des années 1570, il s’est employé à nous faire revivre le château de Madrid, le château de Coucy ou la grande salle de la forteresse de Montargis. Grâce à son tracé vif et esthétique, c’est tout un monde révolu qui reprend vie sous nos yeux captivés.

L’exposition proposée ici s’appuie bien évidemment sur les gravures d’architecture du maître de la Renaissance. Mais elle propose aussi une muséographie riche et variée (bustes, maquettes, carnets…), ainsi que sur des médias modernes : documents numérisés à consulter, 3D… L’ensemble forme un mélange convaincant de pédagogie et de dynamisme interactif.

Stéphane Gondoin

L'exposition : http://www.citechaillot.fr/

Les plus excellents Bâtiments de France (1576-1579) :
 - sur le DVD Le temps de la Renaissance.
 - sur l'abonnement.

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