Le Blog de RichesHeures.net

samedi, 18 février 2012

Villard de Honnecourt, architecte du XIIIe siècle

On ne sait pas grand chose de la vie du personnage, si ce n'est qu'il fit sans doute un apprentissage itinérant en butinant de chantier en chantier. À la postérité, Villard a cependant légué un exceptionnel témoignage : son carnet de notes et de dessins. Voyageur inlassable, curieux insatiable, Villard œuvra sur les chantiers des cathédrales de Reims, de Laon, et même sur celui de la cathédrale de Kosice, en Hongrie. On lui attribue parfois aussi la paternité de la collégiale de Saint-Quentin (Aisne).

Sur les feuillets de son carnet défilent les monuments connus ou inconnus, les animaux fabuleux ou exotiques, les figurations religieuses, les machines extraordinaires, les têtes de sylvains, les motifs végétaux, les études de proportion... On y découvre notamment l'une des tours de la cathédrale de Laon, ornée de ses célèbres bœufs. Y sont également représentées une travée de la cathédrale de Reims, des élévations intérieure et extérieure des chapelles absidales du même édifice.

Le carnet de Villard de Honnecourt est conservé à la Bibliothèque Nationale de France et a été intégralement mis en ligne. Vous pouvez le consulter ici : http://classes.bnf.fr/villard/

samedi, 29 janvier 2011

Le musée archéologique et le site de Bibracte

Avant la conquête romaine et la fondation de la ville d'Autun, la puissante nation celtique des Éduens avait colonisé le sommet du mont Beuvray et y avait installé une vaste ville fortifiée. César la visita en personne et il la désigne sous le nom de Bibracte dans sa Guerre des Gaules.

Avant de devenir président de la République en 1981, François Mitterrand fut pendant deux décennies le maire de la petite ville de Château-Chinon, capitale du Haut-Morvan. Une fois élu à la magistrature suprême, il n'oublia jamais cette région de France. En passionné d'histoire et en homme de culture, il se laissa notamment convaincre par les scientifiques de la richesse et de l'importance du mont Beuvray. L'ancienne Bibracte fut déclarée Site d'Intérêt National et l'on décida la création d'un musée pour y exposer les trouvailles archéologiques.

Un musée d'exception pour un site d'exception :

Le bâtiment construit au pied du mont Beuvray s'insère parfaitement dans le paysage et les vastes salles permettent d'exposer les riches collections dans un cadre agréable et lumineux. Le parcours est jalonné de maquettes, de vidéos, de panneaux explicatifs d'une très grande clarté. Les objets patiemment exhumés un à un de la terre de Bibracte, sont soigneusement présentés dans de belles vitrines.  Même le plus insignifiant d'entre-eux possède son histoire et nous éclaire un peu sur le quotidien de ceux qui vivaient ici, il y a plus de deux mille ans. Nous gardons notamment en mémoire ces deux étonnants bijoux en bronze, représentant pour l'un un loup, pour l'autre un sanglier.
À l'étage, une salle a été réservée pour abriter des expositions temporaires. Au cours de l'année 2010, les visages des Celtes étaient à l'honneur, avec la remarquable exposition intitulée « Les Gaulois font la tête ». On pouvait notamment y contempler des bustes en bois représentant des hommes ou des femmes, des cranes, des casques, des torques, ces fameux colliers métalliques que les Gaulois portaient fièrement autour de leur cou. Ces « têtes de Gaulois » ont plié bagage le 14 novembre dernier, mais elles ont pris leurs quartiers d'hiver au musée Joseph Déchelette de Roanne, où l'on peut encore aller les admirer jusqu'au 15 mai 2011.

Un site grandiose :

Après la visite du musée, le visiteur curieux doit absolument aller se perdre au sommet du mont Beuvray, dans une étrange forêt peuplée d'arbres torturés (les queules), de hauts lieux légendaires et semée d'immenses ruines. Là, sur ce promontoire battu par les vents, s'épanouissait autrefois l'une des plus grandes et des plus belles cités datant de l'époque de l'indépendance gauloise. 

Pour en savoir plus :

Site officiel de Bibracte http://www.bibracte.fr/
L'ouvrage « Bibracte, capitale gauloise sur le Mont Beuvray », guide de visite édité par Bibracte, Centre archéologique européen.

SWG

samedi, 30 octobre 2010

Les jardins Suspendus : l'étonnante réhabilitation du Fort de Sainte-Adresse, au Havre

C'est un vieil ensemble fortifié parementé en briques rouges, qui domine le vaste estuaire de la Seine et ses lumières changeantes tant recherchées par les impressionnistes. Les serres sagement alignées ont avantageusement remplacé les cantonnements militaires, au milieu d'une place d'armes où seuls défilent désormais les promeneurs. La fleur au fusil, donc...

Un peu partout en France se pose le choix de la préservation, de l'abandon ou de la destruction pure et simple des anciennes casernes et forteresses, autrefois propriétés de l'armée française. Au Havre, la municipalité a opté pour une solution originale dans l'ancien fort de Sainte-Adresse : réhabilitation, restauration et transformation en jardins. La chenille s'est métamorphosée en papillon.
Construit de 1854 à 1856 sur un plan inspiré par les créations de Vauban, pour protéger la baie de Seine d'une éventuelle attaque anglaise, le fort de Sainte-Adresse fut occupé sans discontinuer jusqu'en 1972, date à laquelle le service de mobilisation du 74e RI alla chercher refuge ailleurs. Désormais désaffecté, le fort devint la proie des herbes folles et des ronces et il s'effaça peu à peu de la mémoire des Havrais.
En 2000, la Ville acquit ce vaste espace et envisagea dans la foulée un changement radical de destination : le corset guerrier allait devenir un jardin accroché au sommet de sa falaise, perdu entre terre, ciel et mer. Il fallut attendre 2005 pour que les premières pelleteuses et débroussailleuses accomplissent leur ouvrage. Le site fut ouvert au public en septembre 2008, attirant des foules de curieux le jour de l'inauguration.

L'exotisme à domicile


Le pari de ces jardins suspendus consiste à offrir aux visiteurs un aperçu de la flore de toute notre planète, sur fond de développement durable. Chacun des bastions est affecté à un continent : Amérique du Nord au nord-ouest ; Asie orientale au nord-est ; Océanie au sud-est. Le quatrième et dernier bastion, celui qui regarde vers l'immensité marine et offre des vues imprenables sur cette baie appréciée de William Turner, est dédié aux explorateurs du XXIe siècle, à ces hommes et à ces femmes qui ne cessent de parcourir le monde à la recherche de nouvelles espèces botaniques. Sur la place d'armes, les serres abritent d'impressionnantes collections de plantes tropicales, mises en valeur dans un environnement paysager.
Les abords du fort n'ont pas été oubliés. Ces lieux autrefois impénétrables, ont été aménagés en circuit de promenade. Une roselière, à découvrir au moment de la floraison, a notamment été récemment ouverte au nord et un sentier se faufile au sud.
Le fort de Sainte-Adresse nouveau est à l'image de la ville attachante qu'il domine. 50 années auront été nécessaires pour solder le douloureux héritage de la Seconde Guerre mondiale et de ses destructions. Désormais réconciliés avec leur passé, le fort de Sainte-Adresse et la cité Océane entreprennent de se forger un avenir.

SWG

Plus d'information : site Le Havre Tourisme

samedi, 1 mai 2010

Art contemporain et patrimoine : Le Monument Historique comme lieu d’exposition

En visitant le vieux château médiéval de Montélimar, vous aurez la surprise de découvrir d’étonnantes collections d’art contemporain. Il ne s’agit pas là d’un cas isolé : le prestigieux palais de Versailles par exemple, servit il y a quelques temps de cadre à une exposition d’œuvres de Jeff Koons. Amusement, indignation, intérêt, mépris, le contraste des genres laisse rarement indifférent.

Sous l’Ancien Régime, les souverains et les membres de la classe aisée aimaient à s’entourer d’œuvres d’arts pour montrer leur richesse, leur culture, leur pouvoir et assurer la pérennité de leur mémoire. François Ier accumulait ou commandait de nombreux travaux, depuis la toile de maître jusqu’au somptueux château. Il affectionnait les choses originales et nouvelles, parfois d’un goût particulier, comme les curieux parements en faïences du château dit de "Madrid". Louis XIV ou Napoléon Ier avaient des préférences plus classiques et recherchaient surtout des artistes capables de glorifier leur personne et de témoigner de leurs actions.

L’Etat collectionneur

La République a conservé et institutionnalisé la pratique des commandes d’Etat. Georges Pompidou et surtout François Mitterrand, véritables monarques républicains, ont construit plusieurs monuments marquants. Certains portent aujourd’hui leur nom. L’exposition de Jeff Koons à Versailles ressemble elle aussi typiquement à un fait du prince. Il s’agit là d’une spécificité plutôt française, un cas rare parmi les démocraties occidentales.
Mais il existe aussi des politiques d’achat systématique, pour lesquelles l’Etat et des collectivités locales se dotent de budgets réguliers et acquièrent des œuvres d’art. Ces achats « administratifs » laissent parfois songeur quant au processus de désignation des heureux bénéficiaires de la manne publique. Cet argent du contribuable ne pourrait-il pas être mieux employé ailleurs ? Il est vrai que les artistes s’avèrent parfois de précieux alliés politiques et médiatiques.
Il faut donc trouver des lieux de stockage à ces objets souvent fragiles. Beaucoup dorment dans des réserves. On retrouve aussi certaines sculptures massives et résistantes sur des ronds points, parfois dans des zones industrielles où elles semblent à leur place. Des musées spécifiques sont quelquefois créés, mais il est moins coûteux de meubler un monument aux grandes salles vides.

Contraste des genres

Que penser de ces expositions temporaires ou permanentes d’œuvres d’art contemporaines dans des Monuments Historiques ? Contrairement aux restaurations du type de celle du château de Falaise, il ne s’agit ici que de déposer du mobilier. Accrochées à des cimaises, les œuvres peuvent certes choquer, mais chacun sait qu’elles seront retirées sans dégâts. Le public y est donc généralement moins hostile.
L’exposition Jeff Koons à Versailles a fait couler beaucoup d’encre et les critiques ont fusé. Mais la fréquentation du château n’en a finalement pas été affectée. Dans les monuments moins prestigieux, les collections sont généralement plus médiocres et cela tourne parfois à la farce. Certaines œuvres souffrent particulièrement de la comparaison avec le monument qui les abrite. Dans le palais vénitien qui sert de lieu d’exposition à la collection de François Pinault, le riche décor baroque est ainsi dissimulé derrière des panneaux blancs. Les œuvres contemporaines ne sont donc pas écrasées par la qualité de l’écrin.

Mais que ressentent donc les visiteurs « profanes » au fond de leur âme ? Certains ont parfois traversé des continents pour admirer un monument longtemps rêvé et fantasmé. On imagine leur surprise de le trouver ainsi peuplé d’objets incongrus. Certaines œuvres s’avèrent certes distrayantes, mais elles dénaturent les perspectives et nuisent à la découverte architecturale. La visite d’un monument doit aussi être un moment de dépaysement et de sérénité. Y Introduire ces « curiosités » peut rompre totalement le charme et prendre le caractère d’un humour « tarte à la crème » au milieu d’un film dramatique.

Cyrille Castellant

dimanche, 11 avril 2010

Androuet du Cerceau à l’honneur au palais de Chaillot

Jusqu’au 9 mai 2010, la cité de l’Architecture propose une exposition destinée à mieux faire connaître au grand public, l’œuvre de Jacques Androuet du Cerceau, architecte, dessinateur et graveur de la Renaissance française. L’homme n’a presque rien construit, mais a légué à la postérité plusieurs traités d’architecture qui demeurent  aujourd’hui des classiques.

D’abord reconnu pour ses talents de dessinateur, Jacques Androuet du Cerceau (v. 1520 – v. 1586) reçut plusieurs commandes royales.  Les guerres de Religion et son refus d'abjurer sa foi protestante limitèrent malheureusement l'expression de ses talents d'architecte. Il a toutefois participé à la conception de châteaux remarquables, comme Verneuil-en-Halatte, détruit au XVIIIe siècle, ou Charleval, palais démesuré imaginé pour Charles IX, mais abandonné à peine commencé. Le sort semble s’être particulièrement acharné sur ses réalisations et même sur l’image qu’il léga à la postérité. Alors que nous possédons généralement nombre de portraits contemporains d’artistes de ce beau XVIe siècle, notre malheureux architecte n’a bénéficié que de deux hypothétiques figurations posthumes. Androuet du Cerceau reste donc pour nous un illustre inconnu dépourvu de visage.

Maître Jacques a imaginé, conceptualisé, rêvé des bâtiments ou des chantiers qui demeurèrent à jamais dans son esprit. Mais il a surtout reproduit des constructions qui existaient encore en son temps et aujourd’hui disparues, toujours  avec une précision remarquable, parfois teintée d’une naïveté touchante. Dans son œuvre majeure, « Les plus excellents Bâtiments de France » publiée à la fin des années 1570, il s’est employé à nous faire revivre le château de Madrid, le château de Coucy ou la grande salle de la forteresse de Montargis. Grâce à son tracé vif et esthétique, c’est tout un monde révolu qui reprend vie sous nos yeux captivés.

L’exposition proposée ici s’appuie bien évidemment sur les gravures d’architecture du maître de la Renaissance. Mais elle propose aussi une muséographie riche et variée (bustes, maquettes, carnets…), ainsi que sur des médias modernes : documents numérisés à consulter, 3D… L’ensemble forme un mélange convaincant de pédagogie et de dynamisme interactif.

Stéphane Gondoin

L'exposition : http://www.citechaillot.fr/

Les plus excellents Bâtiments de France (1576-1579) :
 - sur le DVD Le temps de la Renaissance.
 - sur l'abonnement.

samedi, 13 février 2010

Art contemporain et patrimoine : les restaurations de Monuments Historiques

Notre époque a vu l’accomplissement de restaurations étonnantes de Monuments Historiques, avec parfois une absence d’authenticité oubliée depuis le XIXe siècle. L’esprit qui anime certains restaurateurs est toutefois bien différent de l’idéal des Romantiques.

Avant la Renaissance, on n’accorde aucune importance au patrimoine architectural. Ce qui est dégradé, démodé ou inadapté, est irrémédiablement démoli.
Après la Renaissance, on met en avant les édifices antiques comme des modèles absolus. Mais seuls les plus exceptionnels sont partiellement protégés. On a ainsi, au XVIIIe siècle, consolidé et aménagé le pont du Gard en faisant preuve d’un certain respect. Mais la plupart des autres édifices ne bénéficient d’aucune considération et sous les gouvernances de Richelieu, de Louis XIV, ou pendant la Révolution, abbayes et châteaux sont détruits par milliers.


Il nous faut attendre les années 1820, pour que l’on s’intéresse enfin aux édifices médiévaux. On prend pleinement conscience que l’on risque de perdre une partie de ses racines, pendant que la modernité galopante commence à envahir l’environnement. On trouve aussi à l’arrière-plan des motifs nationalistes, alors qu’Allemands et Français revendiquent la paternité de l’art gothique.

Les restaurations prennent souvent l’allure de reconstructions. Quand on souhaite rétablir une partie disparue, on n’hésite pas à l’inventer totalement, en essayant toutefois de respecter l’esprit du style original. Les ajouts historiques jugés peu esthétiques ou trop modernes sont supprimés. L’actuelle flèche du Mont-Saint-Michel est ainsi une invention totale. Elle s’inspire de différents monuments sans liens directes avec la demeure de l’Archange, tandis que les vestiges de l’ancien clocher sont totalement détruits.

En réaction à cela, dans les années 1960, des architectes du monde entier se penchent sur le problème de la préservation du patrimoine architectural. Avec la Charte de Venise (1964) notamment, ils décident de définir des règles de restauration plus strictes. Il faut préserver au maximum les ajouts historiques, faire des fouilles et limiter les reconstructions. Quant cela s’avère nécessaire, les ajouts doivent être clairement repérables tout en restant discrets. La ligne directrice est de conserver au maximum le site pour le transmettre aux générations futures.

Mais ces règles vont être largement transgressées à partir des années 1980/1990. On est alors en présence de deux logiques qui s’affrontent et que l’on peut illustrer par les châteaux de Blandy-les-Tours (Seine-et-Marne) et de Falaise (Calvados).

A Blandy, on décide de redonner au château son aspect du XVIIIe siècle. Le but est aussi de mettre hors d’eau les tours, de permettre la circulation sur le chemin de ronde et de créer des salles d’expositions. Certaines parties sont reconstruites, comme les deux étages manquants de la tour Carrée, et certains détails inventés faute de documentations. Il est difficile après coup de voir la différence entre ce qui est original et ce qui est nouveau. Des murs datant d’au moins deux siècles et cachant l’entrée du donjon sont démolis. Cette restauration faite dans un « esprit historique » passe toutefois bien auprès du grand public.

A Falaise, le but est le même : il faut couvrir et aménager les salles du donjon pour y mettre un musée permanent. Mais le résultat est totalement différent. En prétextant la Charte de Venise, l’architecte décide de reconstruire les parties manquantes dans un style radicalement contemporain avec des matériaux modernes (béton, verre, acier…). Mais il effectue ses ajouts d'une façon si peu discrète, qu’il provoque une large réprobation.

Le but réel, et souvent assumé, de ces restaurations spectaculaires, est d’attirer un maximum de touristes. La Charte de Venise ne poursuit pas le même objectif, car sa visée demeure purement archéologique. Mais nos monuments historiques ont partiellement perdu leur vocation nationaliste et symbolique du XIXe siècle, pour devenir de simples attractions touristiques. L’authenticité archéologique n’est plus une priorité et les monuments les moins intéressants économiquement sont négligés. On peut certes le déplorer, mais un bâtiment, quel qu’il soit, doit-il être préservé sans conserver de fonction réelle ?

Cyrille Castellant

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