Le Blog de RichesHeures.net

dimanche, 3 janvier 2010

Les ponts du Diable : Cahors, le pont Valentré, l’architecte et le Diable.

Le génie humain est souvent sans limite, mais il se trouve parfois confronté à des difficultés imprévues. Pour les surmonter, certains ont recours à des alliances peu recommandables et n’hésitent pas à vendre ce qu’ils ont de plus précieux : leur âme!

La vieille ville de Cahors occupe une presqu’île formée par un méandre du Lot. Au début du XIVe siècle, les consuls de la cité décidèrent de lancer un pont fortifié entre les deux berges de la rivière. La réalisation du projet fut confiée à un architecte de renom. Les travaux commencèrent aussitôt, mais le chantier s’enlisa et n’avança que très lentement. L’architecte se désespérait des retards successifs et il finit par se résoudre à requérir une aide surnaturelle pour faire avancer les choses. Le Diable vint à sa rencontre et lui proposa un pacte. Il s’engagea à le servir en tout ce que lui ordonnerait l’architecte, mais réclama son âme en échange. Le savant s’empressa d’accepter, trop heureux à l’idée de sortir de l’impasse où il se morfondait. Aussitôt les travaux reprirent à une vitesse hallucinante. Le Diable se comportait en ouvrier d’exception, réunissant les matériaux en un clin d’œil et les assemblant à la vitesse de l’éclair. En fort peu de temps, le monumental ouvrage s’éleva vers le ciel et se trouva en voie d’achèvement. L’architecte considéra alors avec crainte la perspective d’aller griller dans les flammes de l’Enfer. Son allié de circonstance n’allait bientôt pas tarder à se présenter et à réclamer l’encaissement de son dû. Il lui vint cependant une idée pour échapper à son funeste destin. Il appela le Diable et lui mit une passoire entre les mains :
-    Va mon ami, déclara-t-il, et apporte-moi de l’eau avec ceci.

Le Diable tenta l’expérience à plusieurs reprises mais échoua bien sûr chaque fois. Il comprit alors qu’on l’avait joué et qu’il ne serait jamais payé de retour pour sa peine. Pour se venger, il s’envola vers le sommet de la tour centrale et y arracha l’une des pierres d’angles. Jamais à l’avenir on ne pu faire tenir cette pierre, qui sans cesse se descellait. Au XIXe siècle, le restaurateur du pont la cimenta solidement et un sculpteur représenta dessus un diablotin tentant de la retirer. La tour est toujours connue sous le nom de « Tour du Diable ».

Bien d’autres ponts du Diable :

Il existe dans toute l’Europe, nombre de ponts auxquels se rattachent des légendes assez similaires. Devil’s Bridge au Royaume-Uni, ponte del Diavolo en Italie, Dyavolski most en Bulgarie, un pont est un lieu de passage reliant deux rives et qui contient toujours dans son histoire sa part d’ombre et de lumière. Pour prix de son aide, le Diable réclame le plus souvent la première âme qui le traversera. Mais il est généralement berné par un petit futé qui envoie sur la chaussée tantôt un âne, un chien, un chat… A défaut d’âmes humaines, le Diable doit se contenter d’une basse-cour infernale et de vivre son enfer au milieu des braiments, des miaulements ou des aboiements.

Stéphane Gondoin

mercredi, 9 décembre 2009

Petite histoire de l’Art Contemporain

Depuis quelques années, exposer des œuvres d’art contemporain dans des édifices historiques est devenu fréquent. Récemment encore, on a présenté les réalisations de Jeff Koons au château de Versailles. Que penser de ces choix ? Que recherchent les promoteurs de telles expositions ?

Avant de tenter de répondre à ces questions, il nous a semblé nécessaire d’évoquer la rupture incarnée par l’Art Contemporain dans l’histoire de l’Art en général. Nous nous intéresserons plus précisément dans de prochains billets à l’usage des monuments historiques comme lieux d’exposition, ainsi qu’aux restaurations utilisant l’architecture contemporaine.

I Petite histoire de l’Art Contemporain :

Un objet artistique est d’abord le produit du travail humain. Il peut avoir une fonction distrayante, mais aussi religieuse ou symbolique. Il est également pour le puissant un moyen d’afficher son rang social.

Par le passé, les objets les plus beaux étaient les plus coûteux. Peu de gens pouvaient s’offrir une œuvre de Michael Ange et celui-ci ne se privait pas de choisir sa clientèle. Le peuple devait pour sa part se contenter d’un art grossier fait de matériaux périssables. A la campagne, c’est dans les églises qu’il contemplait un art d’une qualité parfois moyenne, mais qui surpassait de très loin la médiocrité de son quotidien.

A l’ère industrielle, les méthodes de production de masse ont permis de créer des objets à la fois sophistiqués, beaux et peu coûteux. A partir d’éléments standardisées de ponts ferroviaires, un ingénieur a construit le monument le plus haut et le plus admiré de Paris : la Tour Eiffel.
La réponse des artistes a d’abord été de s’engager dans la sophistication technique. On reconnaît au premier coup d’œil les peintures murales néo-médiévale du XIXe siècle, avec leur tracé impeccable et leur perfection un peu froide.
Puis, lassés de recycler sans fin les formes du passé (néo-classicisme, néo-roman, néo-gothique…), les artistes ont essayé de créer un style entièrement nouveau, sophistiqué et élégant : l’Art Nouveau. Son succès fut éphémère, car l’industrie s’est vite appropriée ce courant.

Les artistes et leur riche clientèle ont alors pris acte du succès de l’industrie. Ils ont choisi d’abandonner le beau et la sophistication pour tendre vers le conceptuel. Les œuvres d’art ont toujours possédé un fond conceptuel, mais par le passé, la forme était belle et pouvait être appréciée pour elle-même par le non initié. Dans l’Art Contemporain, ce n’est plus le cas. L’objet d'art n’est plus que le support dépouillé d'un concept intellectuel.

Il y a donc eu une inversion dans la forme : l’art de l’élite est passé de sophistiqué et coûteux (à réaliser) à laid et simpliste ; L’art du peuple, autrefois laid et bon marché, est devenu sophistiqué grâce au coût amoindri par la production et la diffusion de masse. Ainsi, un film de cinéma peut coûter des centaines de millions de dollars à réaliser, mais sa diffusion devant des millions de spectateurs permet d'en amortir le coût. Jamais une œuvre d’Art Contemporain n’a coûté aussi cher à créer, même si la cote de certaines œuvres renommées peut atteindre des prix astronomiques.

Les styles architecturaux ont suivi un processus analogue et il existe désormais une véritable coupure entre les édifices de prestiges, « modernes », « futuristes », et l’habitat, « traditionnel » dans son écrasante majorité. Cette coupure n’existait pas auparavant. On relevait ainsi des motifs gothiques, Renaissance ou autres sur les maisons de familles modestes.

L’art de « l’élite » est aujourd’hui devenu repoussant pour le « peuple ».

Cyrille CASTELLANT

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