Cela fait maintenant plus de 10 ans que je modélise des monuments en 3D. J’ai toujours eu envie de passer à la pratique et l’occasion s’est présenté l’an passée. Il s’agit d’une maison paysanne du XIXe siècle à l’état de ruine, située en Bretagne à Plougastel Daoulas.
Je vais profiter du blog pour exposer toutes les étapes d’une rénovation qui doit préserver au maximum le caractère du bâtiment existant, tout en s’efforçant de suivre les normes et habitudes contemporaines.

Plougastel-Daoulas se situe au cœur de la rade de Brest et à l’avantage de concilier aspect champêtre et proximité avec la seconde agglomération de Bretagne, Brest (210 000 hab.). La presqu’île, réputée pour ses fraises, possède l'un des plus beaux calvaires de Bretagne. Sa grande étendue et ses multiples hameaux ont rendu nécessaire l’édification de nombreuses chapelles dont la plupart datent des XVe et XVIe siècles, témoins immuables des derniers feux de l’art gothique.
Dans cette banlieue de Brest, deux types de populations cohabitent : une racine locale de paysans et de pêcheurs, généralement âgés et très imprégnés de culture bretonne, et une autre urbaine travaillant sur Brest. Le tourisme est peu développé, ce qui explique le peu d’intérêt pour les maisons anciennes. Jugées malcommodes, beaucoup sont vides ou en ruines.

La maison est typique du XIXe siècle et n’a subit aucun remaniement. Sa date de construction reste imprécise (1850 ?). C’est une demeure rurale à étage d’un plan simple et standard. Toutes les ouvertures sont au sud, ce qui est le cas dans de nombreux hameaux du Finistère (mais pas dans les bourgs). Le rez-de-chaussée abritait la pièce de vie. Son sol est encore en terre battue. La grande cheminée accueillait un poêle. Du coté de la fenêtre, le mur est en retrait de 20 cm, ce qui permet de dégager un espace près du foyer. En fait c’est la dernière survivance d’une tradition ancienne, qui ménageait une extension beaucoup plus importante vers l’extérieur.
Face à la porte d’entrée, contre le pignon ouest, montait l’escalier qui menait au 1er étage. Cet étage comportait deux chambres qui étaient séparées par des cloisons légères en bois. La chambre au-dessus de la cheminée bénéficiait d’une niche pour insérer un poêle. Son conduit rejoint le conduit principal.
L’escalier menant aux combles se situait au dessus de l’autre. Ce espace servait uniquement de débarras et n’avait pas vocation à être habité.

La construction est en moellon local, une pierre assez dure et cassante qui ne permet pas de tailler des blocs réguliers. Certaines pierres, situées proche du sol, sont d’une taille respectable et doivent faire autour de 100 Kg. Les murs font 60 cm d’épaisseur. Le mortier est en terre, une terre argileuse qui résiste assez bien à l’eau.
Les linteaux et les planchers sont tous en bois de chêne. La toiture couverte d’ardoise dès l’origine reposait sur des fermettes selon une technique très utilisée à l’époque. Ce n’est pas une charpente traditionnelle avec de grosses pièces de bois. On constate d’ailleurs que tous les éléments de charpente sont d’une section plutôt réduite. Les solives du plancher proviennent de troncs d’arbres assez jeunes, si bien que leur section n’est pas constante. À cette époque en effet, la forte demande pour la marine rendait le bois rare et cher.

La maison possède sur son angle sud-est un élégant arrondi qui était conçu pour éviter que les charrettes n’accrochent. Le carré de cheminée du pignon Est est factice et n’a été construit que par soucis esthétique. Les entourages de fenêtres sont en moellons bruts, ce qui est plutôt rare. En général, vers 1900, on a pris l’habitude d’apposer des entourages en pierre de Kersanton. Les carrières se situaient dans la presqu’île voisine de Logonna Daoulas. Cette pierre rare est facile à tailler et s’altère très peu. On exploitait aussi une pierre jaune qui permettait de créer des appareillages bigarrés du plus bel effet. La pierre de Kersanton a été exportée dans tous le Finistère pour réaliser les pièces sculptées les plus fines.

Dans le prochain article j’aborderai les premiers travaux de remise en état.

Cyrille Castellant