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dimanche, 23 septembre 2012

Assaut sur Pegasus Bridge – Mémorial Pegasus (Bénouville, Calvados)

Nuit du 5 au 6 juin 1944. Six planeurs Horsa traversent la Manche remorqués par des bombardiers de la RAF.

Trois d'entre-eux doivent se poser à proximité du pont de Bénouville, enjambant le canal de Caen, parallèle au cours de l'Orne. À leur bord, les soldats du major John Howard chantent pour se donner du courage. Au moment du largage, un silence pesant s'installe dans la carlingue. L'atterrissage a lieu à 0h16 GMT dans un fracas de tonnerre. Sous la violence du choc, le caporal Greenhalgh est éjecté de l'appareil et précipité dans une mare où il se noie. Par bonheur, la garnison allemande affectée à la garde du pont a cru à la chute des débris d'un bombardier abattu et elle n'a pas réagi. Lorsque les hommes de la 6e aéroportée se ruent  à l'assaut, la surprise est donc totale.

Les rafales de mitraillettes Sten claquent dans l'obscurité. Les grenades explosent. La riposte allemande reste faible, mais le lieutenant Den Brotheridge s'écroule, mortellement blessé à la nuque. On tente de le ranimer, notamment en portant à sa bouche la flasque à whisky qu'il emmenait partout avec lui. Peine perdue : il est le premier soldat britannique tué au feu lors de l'opération Overlord. Un peu plus à l'ouest, la seconde partie du commando réussit à s'emparer du pont de Ranville, sur l'Orne. Howard peut envoyer par radio le message codé confirmant le succès de sa mission : « Ham and Jam » (jambon et confiture).

Howard et ses hommes doivent maintenant tenir les deux ponts en attendant l'arrivée des renforts. Jusqu'à la mi-journée, ils repoussent plusieurs violentes attaques ennemies. En début d'après-midi retentit enfin dans le lointain le son d'une cornemuse. Les commandos de lord Lovat, débarqués quelques heures plus tôt à Sword Beach, parviennent aux abords de la cible. Lovat s'excuse auprès d'Howard : il a deux minutes de retard...
L'infortuné Den Brotheridge repose maintenant pour l'éternité dans le petit cimetière de l'église de Ranville.

Mémorial Pegasus
Avenue du Major Howard - 14860 Ranville
Tél : +33 (0)2.31.78.19.44 - Fax : +33 (0)2.31.78.19.42
http://www.memorial-pegasus.org/

À voir dans les environs : le château de Caen, l'Abbaye-aux-Hommes et l'Abbaye-aux-Dames

Prochainement : « Mort d'un roi »

dimanche, 2 septembre 2012

Un jour, un lieu : les prêches de saint Walfroy (Saint-Walfroy-l'Ermitage, Ardennes)

Vers 585. Un nommé Walfroy, homme d'origine lombarde, installe un ermitage au sommet d'une colline ardennaise, face à une monumentale statue de Diane.

Pour concurrencer la divinité romaine, il construit de ses propres mains une haute colonne sur laquelle il grimpe chaque jour afin d'exhorter les populations à se convertir à la foi chrétienne. L'hiver, il reste indifférent aux morsures du froid, qui lui gèlent la barbe et lui arrachent les ongles des orteils dénudés. L'été, le soleil ardent ne brise pas davantage sa volonté. Inlassablement, il harangue ses auditeurs, condamne les libations et les sacrifices consentis à l'antique déesse de la chasse et appelle à vénérer le Dieu unique.

Une foule toujours plus nombreuse se presse sous sa colonne de pierre. On commence à tenir pour saint cet intarissable orateur vêtu de haillons, qui ne se nourrit que de pain, d'eau et de légumes. On le croit véritablement inspiré par le souffle divin et on se détourne de l'ancien culte. Walfroy décide donc d'abattre définitivement son adversaire. Il appelle à lui une masse imposante de convertis et escorté de cette troupe se dirige vers l'immense effigie païenne. Les hommes lancent des cordes. Chacun tire de toutes ses forces. Rien !

Walfroy ne se décourage pas. Il rentre dans la basilique qu'il a édifiée, se jette devant l'autel et prie afin d'obtenir l'assistance céleste. Une fois ses dévotions terminées, il se lève et court rejoindre son groupe : « On saisit la corde, nous commençâmes à tirer et du premier coup l'idole s'effondra à l'instant par terre. L'ayant brisée avec des marteaux de fer, je la réduisis en poussière. » C'est du moins ce qu'il raconte à Grégoire de Tours, lorsqu'il fait quelques temps plus tard la connaissance du fameux auteur de l'Histoire des Francs. C'est ainsi que nous connaissons la destinée de ce prédicateur du fond des âges. Face à l'ermitage moderne, une statue de saint Walfroy continue de défier en toutes saisons les éléments depuis le sommet d'une colonne.La semaine prochaine, « Assaut sur Pegasus Bridge »

À voir dans les environs : le château de Sedan

Prochainement : « Assaut sur Pegasus Bridge »