Depuis quelques années, exposer des œuvres d’art contemporain dans des édifices historiques est devenu fréquent. Récemment encore, on a présenté les réalisations de Jeff Koons au château de Versailles. Que penser de ces choix ? Que recherchent les promoteurs de telles expositions ?

Avant de tenter de répondre à ces questions, il nous a semblé nécessaire d’évoquer la rupture incarnée par l’Art Contemporain dans l’histoire de l’Art en général. Nous nous intéresserons plus précisément dans de prochains billets à l’usage des monuments historiques comme lieux d’exposition, ainsi qu’aux restaurations utilisant l’architecture contemporaine.

I Petite histoire de l’Art Contemporain :

Un objet artistique est d’abord le produit du travail humain. Il peut avoir une fonction distrayante, mais aussi religieuse ou symbolique. Il est également pour le puissant un moyen d’afficher son rang social.

Par le passé, les objets les plus beaux étaient les plus coûteux. Peu de gens pouvaient s’offrir une œuvre de Michael Ange et celui-ci ne se privait pas de choisir sa clientèle. Le peuple devait pour sa part se contenter d’un art grossier fait de matériaux périssables. A la campagne, c’est dans les églises qu’il contemplait un art d’une qualité parfois moyenne, mais qui surpassait de très loin la médiocrité de son quotidien.

A l’ère industrielle, les méthodes de production de masse ont permis de créer des objets à la fois sophistiqués, beaux et peu coûteux. A partir d’éléments standardisées de ponts ferroviaires, un ingénieur a construit le monument le plus haut et le plus admiré de Paris : la Tour Eiffel.
La réponse des artistes a d’abord été de s’engager dans la sophistication technique. On reconnaît au premier coup d’œil les peintures murales néo-médiévale du XIXe siècle, avec leur tracé impeccable et leur perfection un peu froide.
Puis, lassés de recycler sans fin les formes du passé (néo-classicisme, néo-roman, néo-gothique…), les artistes ont essayé de créer un style entièrement nouveau, sophistiqué et élégant : l’Art Nouveau. Son succès fut éphémère, car l’industrie s’est vite appropriée ce courant.

Les artistes et leur riche clientèle ont alors pris acte du succès de l’industrie. Ils ont choisi d’abandonner le beau et la sophistication pour tendre vers le conceptuel. Les œuvres d’art ont toujours possédé un fond conceptuel, mais par le passé, la forme était belle et pouvait être appréciée pour elle-même par le non initié. Dans l’Art Contemporain, ce n’est plus le cas. L’objet d'art n’est plus que le support dépouillé d'un concept intellectuel.

Il y a donc eu une inversion dans la forme : l’art de l’élite est passé de sophistiqué et coûteux (à réaliser) à laid et simpliste ; L’art du peuple, autrefois laid et bon marché, est devenu sophistiqué grâce au coût amoindri par la production et la diffusion de masse. Ainsi, un film de cinéma peut coûter des centaines de millions de dollars à réaliser, mais sa diffusion devant des millions de spectateurs permet d'en amortir le coût. Jamais une œuvre d’Art Contemporain n’a coûté aussi cher à créer, même si la cote de certaines œuvres renommées peut atteindre des prix astronomiques.

Les styles architecturaux ont suivi un processus analogue et il existe désormais une véritable coupure entre les édifices de prestiges, « modernes », « futuristes », et l’habitat, « traditionnel » dans son écrasante majorité. Cette coupure n’existait pas auparavant. On relevait ainsi des motifs gothiques, Renaissance ou autres sur les maisons de familles modestes.

L’art de « l’élite » est aujourd’hui devenu repoussant pour le « peuple ».

Cyrille CASTELLANT