La reconstitution se poursuit en s’élargissant aux zones périphériques. C’est un travail minutieux et de longue haleine. Modéliser un monument comme celui-ci nécessite autour de 20 jours de travail.

La reconstitution 3D des arènes de Lutèce -1
La reconstitution 3D des arènes de Lutèce -2
La reconstitution 3D des arènes de Lutèce -4

5- La cavea

Une fois les arènes modélisées, il nous faut passer à la cavea ou gradins. On entre ici dans une zone plus complexe, car les vestiges sont peu nombreux. On sait que la cavea forme une portion de cercle dont on connaît le diamètre extérieur et intérieur. On devine aussi la position des vomitoria, escaliers et passages d’accès. Mais c’est tout.
Toutefois, en s’appuyant sur des exemples encore existants, on peut déduire la pente, la taille et l’aspect des bancs. Cela répond d’ailleurs à une logique fonctionnelle : il faut asseoir correctement et sans risques les spectateurs.
Les cavea préservées sont toujours découpées en plusieurs étages, qui sont réservés aux différentes couches de la société romaine. A Lutèce, c’était aussi sans doute le cas. La cavea reconstituée comporte donc 3 étages. Logiquement, chaque étage doit disposer de ses propres vomitoria pour éviter que les foules ne se mélangent. Toutefois, la moitié inférieure des gradins repose directement sur le sol. Il nous a donc semblé difficile de prévoir une sortie autonome pour l’étage inférieur. Elle utilise donc les accès de l’étage intermédiaire. Le petit amphithéâtre de Jublains, entièrement établi sur le sol ou des remblais, ne dispose pas non plus d’accès distincts.

6- La façade monumentale

Si nous suivons l’avis de Jules Formigé, il faut prévoir une façade monumentale avec une arcade circulaire. On ne connaît pas son plan précis, mais les exemples encore en élévation sont innombrables. C’est le Colisée de Rome, globalement contemporain (on ne connaît pas la date de construction des arènes de Lutèce), que nous avons pris pour modèle, en ne conservant bien évidemment qu’un seul étage d’arcades. Ceci inclus donc un second niveau qui, du côté intérieur, abrite une galerie portée par des colonnes. Le toit de cette galerie permet en outre de manœuvrer le velum (la toile qui protège les gradins) sans déranger le public.
Derrière la façade, une série de voûtes en berceau incliné porte les gradins. C’est par ici que passent les accès du public vers la cavea. Mais il reste encore de vastes espaces couverts pour des boutiques, abriter le public ou exposer gladiateurs et bêtes sauvages.



7- La scène

La reconstitution de Jules Formigé introduit une grande scène qui est totalement détachée du reste du bâtiment. Ainsi les spectateurs peuvent voir en dehors de l’amphithéâtre. Il ne reste aucun amphithéâtre à scène en élévation, mais tous les théâtres qui le sont encore ont une scène directement reliée à la cavea. Le public ne voit jamais ce qui se passe dehors.
Il nous a donc semblé logique de relier la scène à la cavea par un haut mur qui ferme totalement l’édifice, comme dans un théâtre.
La reconstitution de la scène prolonge les vestiges existants et reprend en gros les éléments de Jules Formigé. Toutefois, la scène d’un théâtre romain est toujours encadrée par deux murs et protégée par un toit. Mais à Lutèce la scène n’a que peu de recul et il est impossible d’appuyer un toit sur deux murs latéraux. Plutôt que de faire un toit en porte à faux comme Formigé, nous avons donc protégé la scène par un simple voile.


La scène est d’ailleurs elle-même très peu profonde, à cause de l’espace occupé par les arènes. Pour jouer une pièce, il est nécessaire de construire un plancher provisoire au-dessus des arènes. On peut se demander alors si l’édifice était vraiment destiné à être utilisé comme un théâtre. Les spectateurs du fond sont bien loin de la scène, l’acoustique n’est pas optimale et Lutèce possède déjà un grand théâtre.
Du coté de la façade extérieure ainsi que pour l’intérieur, la reconstitution reprend le plan du théâtre d’Aspendos (IIe siècle, Turquie) qui a l’avantage d’être très bien préservé. L’amphithéâtre présente ainsi vers la Seine une façade travaillée.

Cyrille Castellant