À compter de 841, les Vikings entreprirent de ravager systématiquement les côtes de la Manche. Après 70 années de raids et de dévastations féroces, le roi des Francs Charles III (898-923) entreprit de leur concéder une terre, en échange de la paix dans la vallée de la Seine.

L'idée du souverain carolingien était d'une simplicité déconcertante : puisqu'on ne pouvait venir à bout de ces Scandinaves par les armes, mieux valait s'en faire des alliés en leur octroyant légalement la basse vallée de la Seine. Il avait depuis bien longtemps perdu le contrôle réel de ce secteur, même s'il y détenait encore une autorité théorique. Il profita donc de la défaite d'un groupe viking en juillet 911 sous les murs de Chartres, pour entrer en contact avec son chef, un certain Hrólfr (Rollon), et pour négocier avec lui en relative position de force. Selon le chanoine Dudon de Saint-Quentin, qui écrivit une centaine d'année après les faits, on décida après un échange d'ambassadeurs de se retrouver à l'automne au lieudit Saint-Clair, situé la rivière Epte.

Une rencontre pour l'histoire

Chacun s'y présenta au jour fixé. Les Vikings se tenaient sur la rive droite de ce petit affluent de la Seine, pendant que les Francs occupaient la rive gauche. Le roi et le Viking purent enfin se parler face à face. En échange de sa conversion au christianisme, Rollon reçut de Charles le Simple les terres comprises « depuis le fleuve Epte jusqu'à la mer » (« A flumine Eptae usque ad mare »). L'œuvre de Dudon est souvent considérée comme suspecte par les historiens modernes, mais son récit est confirmé par un acte royal datant du 14 mars 918. Il y octroie à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, l'abbaye de la Croix-Saint-Leufroi (Eure)  « à l'exclusion d'une partie de cette même abbaye que nous avons consentie aux Normands, c'est-à-dire à Rollon et à ses compagnons pour la protection du royaume. »

Les frontières définitives

Cette première donation recouvrait peut-être approximativement les actuels départements de la Seine-Maritime et de l'Eure. En 924, Rollon reçut de nouvelles terres du roi Raoul, successeur de Charles le Simple. Selon l'annaliste Flodoard de Reims, « il consentit à ce qu'on augmentât leurs terres, et le traité de paix leur concéda le Maine et le pays de Bayeux. » La formulation sibylline  désigne peut-être le Bessin et l'Hiémois (à peu près le Calvados et l'Orne).
En 933 enfin, Guillaume Longue-Épée (v. 927-942), fils et successeur de Rollon, se vit pour sa part gratifié par ce même roi Raoul de « la terre des Bretons située sur le rivage de la mer ». Il s'agit en fait des diocèses de Coutances et d'Avranches, que le roi Charles le Chauve avait concédé en 867 au roi Breton Salomon. Sans aucune folie du Couesnon, le Mont Saint-Michel devint normand...

La Normandie acquit alors pratiquement ses limites actuelles, seulement augmentée du Passais (région de Domfront) sous le règne de Guillaume le Conquérant (1035-1087), et de la seigneurie de Bellême sous Henri Beauclerc (1106-1135). 

SWG