Janvier-février 1917. Voilà près de trois ans que les puissances européennes ont entrepris d'envoyer leur jeunesse s'étriper consciencieusement aux quatre coins du continent. Aux épreuves de la guerre vient bientôt s'ajouter la rigueur des éléments.

Le 1er février 1917, tous les grands quotidiens nationaux couvrent comme de coutume leur une de nouvelles de la guerre au front, ou de la situation politique en France et chez les alliés. On évoque notamment une tentative d'empoisonnement contre le premier ministre britannique Lloyd George. On parle avec enthousiasme des offensives allemandes arrêtées sur le front russe, sans savoir que le régime tsariste vit ses derniers jours et que la guerre cessera bientôt à l'Est. Et puis, on revient sans cesse sur ce froid terrible qui s'est abattu sur les tranchées et qui complique même les conditions d'existence à l'arrière. La neige perturbe la circulation des transports en commun, des rares automobiles et des attelages. L'approvisionnement des grandes villes en denrées alimentaires et en charbon se complique. La demande croissante en combustible génère des queues interminables devant les charbonniers. Le lait, les céréales se raréfient et les prix explosent. Comme toujours, les plus pauvres sont les premières victimes de l'inflation galopante.

Températures sibériennes

On relève un peu partout dans le pays des températures à peine croyables. On parle de – 15° à -16° en Ile-de-France, de – 13° à Lyon avec un plus bas enregistré à – 21° à l'observatoire de la Tête-d'Or. Bordeaux et Montauban sont sous la neige. À Cherbourg, « où d'ordinaire la température est relativement douce, le thermomètre est descendu à 8° au-dessous de zéro. Les ruisseaux sont gelés ; l'eau de mer elle-même se glace et l'arrière-bassin du commerce était hier tout à fait pris, ce que les Cherbourgeois déclarent n'avoir pas vu depuis trente ans » (Figaro du 01/02/1917). Dans le Massif Central, on a même repéré un grand loup rôdant par – 23° aux alentours du village de Viverols. À Paris, les eaux de la Seine ont gelé. Des bateaux, péniches ou remorqueurs sont prisonniers des glaces : « Le petit bras de la Seine, à la Monnaie, est complètement pris. Dans le grand bras, en plein courant,  les glaçons sont de plus en plus gros et plus nombreux » (Figaro du 01/02/1917).

On rassure les arrières...

Que chacun continue cependant à dormir sur ses deux oreilles. Poilus et Tommies font bonne garde face à l'ennemi, dans le froid et la tourmente : « La neige a fait son apparition sur presque tout notre front. Les secteurs de nos alliés britanniques en ont été particulièrement comblés. Un épais manteau blanc recouvre sur le sol bouleversé les traces de la guerre. Mais la vie au front reste aussi active. On s'y bat aussi bravement » (Pays de France N° 121, 8 février 1917).

Ainsi allait la vie de nos aïeux durant l'un des hivers les plus durs du siècle, ballotés entre la fureur des hommes et la colère des éléments.