Il y a quelques semaines de cela, nous vous parlions sur notre blog du combat que menait Viviane Bosse Perus pour sauver son manoir de la Hélardière menacé de destruction. Au XVIIIe siècle déjà, les Dongeois se battaient bec et ongle contre les visées d'autres puissants.

En effectuant des recherches préparatoires pour un autre projet, nous sommes tombés sur le cahier de doléances rédigé par les habitants de la paroisse de Donges, à la veille des états généraux de 1789. En préambule à sa retranscription moderne, figurent quelques éléments concernant un conflit de propriété du fond des âges. Il fait étrangement écho à la situation actuelle.

Une paroisse au XVIIIe siècle

À cette époque, Donges est une paroisse située au milieu des marécages, comptant cinq cents feux. 2112 habitants résident sur son territoire lors du dénombrement de 1790. Essentiellement composée de laboureurs, la population y vit chichement et exploite les marais pour la tourbe et la chaume. Le taux de mortalité conséquent est très certainement lié à l'insalubrité de la zone humide.
Le principal personnage de l'époque est le marquis Louis-Joseph de Querhœnt, qui réside à deux lieues de là dans son château de Savenay. On trouve cependant sur le territoire de la paroisse un certain nombre de maisons nobles et de droits seigneuriaux, ainsi que des droits appartenant au clergé.

Un air de déjà vu

Depuis 1771, les paroissiens de Donges se heurtent à la volonté du marquis de Querhœnt, qui souhaite concéder tout le marais à une certaine « compagnie Debray ». L'enjeu est ni plus ni moins l'asséchement de la zone humide et le tarissement pour les habitants d'une partie de leurs revenus. Ils se battent donc bec et ongles contre ce projet et entament un long combat judiciaire. En 1775, les États de Bretagne leur donnent raison et la même année, c'est au tour de la municipalité de Nantes d'apporter son soutien à la coalition paroissiale. En 1784 cependant, le présidial (tribunal royal du bailliage) juge en faveur des prétentions du marquis. La décision ne deviendra toutefois exécutoire qu'une quinzaine d'années plus tard.

Il semble que les choses n'aient évolué qu'en apparence, depuis le XVIIIe siècle. Les puissants ont changé de nom, mais n'écoutent toujours que leur seul intérêt. Viviane et les autres administrés (sinistrés) de la commune moderne sont un peu les héritiers des Dominique Guigan, Jean Bréssihaud, Sébastien Pézeron..., réunis dans l'auditoire de la juridiction de la vicomté de Donges, le 5 avril 1789.

Les Archives départementales de Loire-Atlantique ont eu l'excellente initiative de numériser l'intégralité des cahiers de doléances et de les mettre gratuitement en ligne. Vous pouvez les consulter ici : http://www.loire-atlantique.fr/jcms/cg_53275/consulter-les-archives-numerisees (inscription obligatoire pour accéder aux documents).