Depuis plusieurs années déjà, les médias se font régulièrement l'écho de vols de métaux sur les chantiers ou à proximité des voies de chemins de fer. Ce que l'on sait moins, c'est que les pillards s'attaquent désormais aux cimetières, aux monuments aux morts et même aux canons des Invalides !

Les Romains étaient passés maîtres dans l'art de domestiquer l'eau et de l'amener en tous lieux grâce à d'astucieux systèmes de canalisations. Beaucoup d'aqueducs devinrent inutilisables au Bas-empire, par la faute de petits malins qui s'amusaient à dérober les tuyaux de plomb, afin d'alimenter un fructueux commerce illégal. De manière tout à fait licite cette fois, ces mêmes Romains commencèrent vers la fin du IIIe siècle à dépouiller leurs propres édifices publics (amphithéâtres, théâtres, thermes, temples et même cimetières), pour bâtir de grandes enceintes urbaines protectrices. À son apogée, une civilisation construit. Lorsqu'elle entre en décadence, elle se contente de dépecer, même les  témoignages de respect dévolus aux morts. Cherchez la ressemblance !

Des cibles faciles

Sur les chantiers, les voies ferrées ou le réseau routier, les délinquants semblaient surtout rechercher jusqu'à maintenant le cuivre, dont les cours flambent depuis un certain temps. Mais ils paraissent désormais diversifier leurs « activités » et s'intéresser à d'autres métaux : fonte, bronze... Les plaques des cimetières, les canons, les petits soldats ou coqs trônant au sommet de nos monuments aux morts, sont devenus autant de cibles potentielles pour des malfrats qui ne reculent plus devant rien. Ainsi, au mois de mars 2011, un canon du XIXe siècle a-t-il été subtilisé dans la galerie supérieure de l'Hôtel des Invalides. Scellé au mur, pesant 50 kg et mesurant 1 m, on imagine mal le, ou plus probablement les auteurs, emporter cet objet encombrant en plein jour, simplement en le dissimulant sous un imperméable. Au mois d'Avril 2011, c'est le monument aux morts de Plouescat (Finistère) qui s'est vu dépouiller des deux canons qui l'encadraient. Chacun pesait toute de même 150 kg et a nécessité plus qu'un coffre de 2 CV pour l'évacuer...

Et la mémoire ?

On ne peut totalement exclure l'hypothèse de vols de commande, à l'initiative de collectionneurs privés. On a ainsi vu en Pologne en 2009 la terrible inscription « arbeit macht frei » (le travail rend libre), marquant l'entrée du camp d'Auschwitz, dérobée et découpée pour satisfaire les besoins malsains d'un nazi nostalgique. Pour reprendre la formule de Primo Lévi, « Hier ist kein warum » (ici, il n'y a pas de pourquoi). Pathétique et sinistre ! Mais on imagine mal les deux canons de 150 kg trônant dans le salon de quelque passionné d'armement, entre le canapé et la table basse. Plus vraisemblablement, ils ont rejoint le stock d'un ferrailleur peu regardant, qui s'est procuré du métal à bon compte. Nous n'insisterons pas sur le caractère délictueux du procédé, mais nous ne pouvons en revanche que déplorer l'atteinte faite au patrimoine, et surtout à la mémoire de nos pères.
En ces temps étranges et ambigus, où notre peuple perd lentement le lien réel avec son passé (voir le contenu hallucinant du programme d'histoire pour les enfants de 5e, par exemple), voilà un nouveau signe inquiétant s'ajoutant aux carrés militaires profanés et aux lieux de culte pillés ou saccagés. J'évoquerai dans un prochain billet le cas d'une petite chapelle commémorative, perdue en pleine forêt, dévastée à deux reprises par des vandales. Il devient par trop évident qu' « il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark »...

SWG