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Les châteaux cathares et la croisade albigeoise

Textes et photos ©

A l'été 1209, des cohortes de chevaliers et d'hommes d'armes s'ébranlèrent de tout le nord du royaume de France et prirent la route du Languedoc. Une guerre longue et cruelle guerre allait débuter.



Prise de Marmande par le futur Louis VIII au cours de la Croisade des Albigeois. Guilhem de Tudèle, Chanson de la croisade des Albigeois, début XIIIe (BNF, Manuscrit français 25425 fol. 231). Diaporama...

Depuis près d’un demi-siècle, l’Eglise catholique faisait face sur les terres du comte de Toulouse à une menace toujours croissante. Pierre des Vaux de Cernay la résume ainsi : « En la province de Narbonne, où jadis avait fleuri la religion, l’ennemi de la foi se prit à parsemer l’ivraie. Le peuple tourna à la folie, profanant les sacrements du Christ, qui est de Dieu la vraie saveur et sagesse, se donnant au mensonge, déviant de la véritable sapience, errant et divaguant d’erreurs en erreurs jusqu’en l’abîme, marchant dans les voies perdues, et non plus dans le droit chemin. »

Des chrétiens pas comme les autres :

La foi des cathares s’inscrivait dans la lignée d’anciens cultes, tels le manichéisme, le gnocistisme ou le bogomilisme. Pour aller à l’essentiel, leur dogme s’appuyait sur les écrits du Nouveau Testament. Ils étaient en cela clairement chrétiens. Ils réfutaient cependant la création du monde physique par le Dieu bon et la pensaient œuvre d’un démiurge mauvais. Ils croyaient à la réincarnation perpétuelle des âmes, jusqu’à l’accession à une forme de béatitude permettant de rejoindre le principe divin bon. Ils niaient la réalité physique du Christ, qui n’était à leurs yeux qu’une image envoyée par Dieu sur terre par pitié pour les hommes. Ils condamnaient l’opulence de l’Eglise et le mode de vie dépravé de son clergé. Ils observaient un régime alimentaire strict, sans viande, laitages, ou oeufs, rythmé par des jeûnes sévères. Ils prônaient l’abstinence sexuelle et le mépris pour les biens matériels. Ils refusaient l’eucharistie et les sacrements de l’Eglise, auxquels ils avaient substitué un sacrement unique : le consolament. Au cours d’une cérémonie sobre, on faisait pénétrer l’Esprit Saint chez le fidèle par imposition des mains et des Evangiles sur le chef. Celui qui avait reçu ce consolament passait du statut de simple croyant à celui de Bon Chrétien, ou encore de Bons Homme ou de Bonne Femme. Le catharisme avait sa hiérarchie ecclésiastique au sommet de laquelle trônaient l’équivalent des évêques.

L'entrée en guerre :

Les papes envoyèrent sur les terres de l’hérésie d’innombrables missionnaires, tel saint Bernard de Clairveaux, qui tentèrent de ramener les « âmes perdues » sur le chemin de la « vraie foi ». Tout cela en vain, car l’hérésie continua sa progression. En l’an 1208, le légat Pierre de Castelnau fut assassiné par des sicaires à la solde du comte de Toulouse. L’événement déclencha la colère d’Innocent III qui exposa en proie les terres situées entre Albi, Toulouse et la frontière aragonaise. « Confisquez les biens des comtes, des barons, des citoyens, écrivait-il au roi de France Philippe Auguste, qui ne voudraient pas éliminer l’hérésie de leurs terres. Ne tardez pas à rattacher le pays tout entier au domaine royal. » Mais le Capétien oublia de répondre à l’injonction et se garda bien de se mêler de l’affaire. En revanche, nombre de chevaliers de son royaume rejoignirent l’expédition naissante. Cadets de famille, membres de la petite noblesse y trouvèrent la perspective inespérée d’un enrichissement facile.

Une guerre de siège :

Hormis la bataille de Muret livrée en 1213, la croisade albigeoise se résume à une succession interminable de sièges, d’escarmouches, de prises de places fortes et d’atrocités diverses. La ville de Béziers subit la première les foudres des croisés. Il fallait marquer les esprits : « Tout château résistant, toute ville rétive seront pris par force et réduits en charniers. Qu’on n’y laisse pas même un nouveau-né vivant. Ainsi sera semée une saine épouvante et nul n’osera plus braver la Croix de Dieu » (Chanson de la croisade albigeoise). La population entière fut passée au fil de l’épée. On captura par traîtrise le jeune vicomte Raymond-Roger Trencavel sous les murs de Carcassonne et ses habitants, effrayés par le précédent Bittérois, préférèrent se rendre sans combattre.

Châteaux de montagne :

Alors débuta une lutte féroce, menée au travers des massifs montagneux enserrant l’ancienne voie romaine s’étirant de Toulouse à Narbonne. Elle ensanglanta le Minervois et ses gorges profondes, taillées par les rivières dans le plateau calcaire autour de Minerve. Dans le massif de la Montagne Noire, les croisés buttèrent sur la résistance héroïque de Lastours, emmenée par le seigneur faidit Pierre Roger. Et puis, il y avait les Corbières, ce massif splendide et immense, sauvage et désolé, tellement chaud en été et si froid en hiver, battu par les vents violents venant de la Méditerranée. Là se trouvaient d’improbables citadelles du vertige, comme Termes, Quéribus, Puylaurens, Peyrepertuse, Villerouge-Terménès, ou encore Aguilar. Au cours d’un large raid lancé en 1214 dans l’Agenais, le Quercy et le Rouergue, Simon de Montfort et ses croisés s’emparèrent de Najac, Biron, Séverac-le-Château… Ils atteignirent aussi le Quercob et conquirent Puivert, le château où l’on peut encore aujourd’hui fermer les yeux en entendant les complaintes lointaines des troubadours. « Il est, en Languedoc, des châteaux qui sont des cris. Puivert, lui, est un chant » (Colette Gouvion). Tout se consuma enfin dans le bûcher de Montségur en 1242 et la chute de Quéribus en 1255.

De nos jours, il ne reste plus beaucoup de témoignages de ces temps révolus. Toutes les places évoquées, une fois conquises par les hommes du nord, furent profondément modifiées et leur architecture est celle des vainqueurs. Elle obéit majoritairement aux règles initiées par les maîtres d’œuvre de Philippe Auguste autour de l’an 1200. Mais ces sites remarquables résonnent encore du bruit et de la fureur de ces temps révolus, où hommes et femmes du Languedoc revendiquèrent leur liberté de croyance au prix de leur vie.

 




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