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Château de Coucy, XIIIe siècle.


Textes et photos ©

Fondation :
  • Vers 900 par l'archevêque Hérivée de Reims.
Sous le règne de :
  • Charles III le Simple (898-923).
Grandes dates :
  • 950 : la forteresse est soustraite à Artaud, archevêque de Reims, par le comte Thibaut le Tricheur.
  • 958 : Les troupes d'Artaud reprennent la place.
  • Fin XIe siècle : Enguerrand de Boves seigneur de Coucy.
  • Après 1118, Thomas de Marle sire de Coucy.
  • Vers 1226 : début de la construction par Enguerrand III.
  • Avant 1387 : la forteresse est complètement remaniée par Enguerrand VII.
  • 1399 : Louis d'Orléans rachète la seigneurie de Coucy.
  • Vers 1532 : François Ier se fait bâtir un pavillon de chasse à Coucy.
  • 1653 : sur ordre de Mazarin, l'ingénieur Métezeau mine la tour maîtresse.
  • 1829 : Louis-Philippe d'Orléans rachète les ruines.
  • 1917 : le donjon est totalement détruit par les Allemands.
Principal intérêt :
  • Au delà du mythe que constitue le donjon de Coucy pour l'ensemble des passionnés de châteaux forts, le site présente des vestiges encore grandioses de sa splendeur passée. Citons notamment la magnifique cave voûtée et les salles de certaines des énormes tours trônant aux angles.
Statut :
  • Classé Monument Historique en 1862. Propriété de l'Etat.
Bibliographie :
  • Barthélémy Dominique, Les deux âges de la seigneurie banale au Moyen Age : Coucy (XIe - XIIIe siècle), Paris, 1985.
  • Corvisier Christian, Le château de Coucy et l'enceinte de la ville. Paris : Éditions du patrimoine, 2009.
  • Mesqui Jean, Châteaux forts et fortifications de France, Paris, 1997.
  • Viollet le Duc Eugène, Refonte du Dictionnaire Raisonné d'architecture médiévale, Bayeux, 1978.
  • Viollet le Duc Eugène, Description du château de Coucy, Paris, 1875.

Origines lointaines :

Coucy fut sans doute très tôt une propriété du siège épiscopal de Reims. Selon la « Vie de Saint Rémi », long poème de plus de 8000 vers composé à la fin du XIIIe siècle par l'énigmatique Richier, le roi Clovis aurait offert le domaine à son mentor et conseiller.

Le château de Coucy fut très probablement fondé dans les premières décennies du Xe siècle. Le chanoine Flodoard, dans son « Histoire de l'Eglise de Reims », affirme que l'archevêque Hérivée (900-922) « fit bâtir un fort en lieu sûr au village de Coucy. » Cette forteresse primitive était sans doute en terre et en bois, selon l'usage et surtout les méthodes de construction les plus répandues à cette époque.

Durant tout le Xe siècle, Coucy constitua l'enjeu de luttes incessantes opposant l'évêché de Reims aux principaux féodaux. : Herbert de Vermandois, Hugues le Grand, Thibault le Tricheur… Flodoard ne cesse d'évoquer ces péripéties dans une autre de ses œuvres, ses précieuses « Annales ». Lorsqu'elles s'achèvent, en 966, débute une longue période d'obscurité. Les noms de Coucy et de ses châtelains n'émergent que ponctuellement dans de trop rares documents.

La puissance des sires de Coucy :

La lumière revient brusquement vers la fin du XIe siècle, lorsque la seigneurie de Coucy passa à Enguerrand de Boves (mort en 1116). Ce turbulent seigneur se tailla une belle réputation en s'illustrant lors de la première Croisade. Son fils et successeur, Thomas de Marle, se distingua d'autre manière : pillard invétéré, il s'acharna avec un soin presque méthodique à piller les biens des églises de Reims et Laon. Combattu avec acharnement par Louis VI le Gros (1108-1137), il mourut sans se repentir vers 1130. Ses successeurs portèrent généralement le nom d'Enguerrand.

Le plus fameux entre tous est à l'évidence Enguerrand III le Bâtisseur (1182-1242). Il participa bravement à la bataille de Bouvines (1214) et montra aux rois Philippe Auguste et Louis VIII une fidélité sans faille. En revanche, il prit une part active à la révolte des barons durant la minorité de Louis IX et la régence de Blanche de Castille. Une légende tenace affirme même qu'il aurait en convoité pour son propre compte la couronne de France. Pour affirmer sa puissance de grand féodal, il décida de reconstruire la plupart des châteaux lui appartenant, notamment Marle et la Fère. Il créa également le château de Saint-Gobain. Mais il est surtout fameux pour les travaux gigantesques entrepris dans sa seigneurie de Coucy. Chaque tour de la forteresse principale dépassait les tours philippiennes (Louvre, Dourdan, Lillebonne, Falaise, Chinon, Verneuil-sur-Avre…). Mais son chef d'œuvre fut incontestablement la gigantesque tour maîtresse, culminant à 54 mètres de hauteur ! Enguerrand signifiait ainsi sa richesse, rappelait son pouvoir aux monarques et incarnait à merveille sa fière devise : « Roi ne suis, ne prince, ne duc, ne comte aussi. Je suis le sire de Coucy ! »

Au temps des palais gothiques :

Ses successeurs n'eurent pas sa trempe. Son second fils, Enguerrand IV (1228-1311), se signala surtout en exécutant arbitrairement trois jeunes nobles flamands chassant par hasard sur ses terres. Cette affaire faillit lui coûter la vie. Le moine Guillaume de Nangis rapporte que l'intention du roi saint Louis « était de rester inflexible et de prononcer un juste jugement , c'est-à-dire de punir ledit sire selon la loi du talion [ndlr : « Œil pour œil, dent pour dent »] et de le condamner à une mort semblable. » Enguerrand échappa finalement au châtiment grâce à l'intercession des grands barons et fut seulement frappé d'une forte amende. Il mourut sans descendance et la châtellenie passa au fils de sa sœur Alix, Enguerrand V. L'arrière petit-fils de ce dernier, Enguerrand VII (1339-1397), s'illustra dans les combats de la Guerre de Cent Ans et modifia profondément le château familial dans le goût de son temps, créant l'un de ces palais-forteresses caractéristiques de la charnière des XIVe et XVe siècles. À sa mort, sa fille et unique héritière, Marie de Coucy, vendit la seigneurie et sa forteresse au prince Louis d'Orléans (mort en 1407), frère du roi Charles VI (1380-1422).

 


Une lente agonie :

Nous possédons deux belles représentations de Coucy à la fin du XVIe siècle, dans l'ouvrage d'Androuet du Cerceau consacré aux plus beaux bâtiments de France. La forteresse y apparaît encore dans toute sa splendeur. De sa force semble émaner un sentiment d'éternité, de puissance inviolable.
Coucy joua encore un rôle politique et militaire durant la Fronde et abrita temporairement des troupes rebelles à l'autorité de Mazarin. Le cardinal donna en représailles l'ordre de démanteler le château et chargea l'ingénieur Métezeau de cette besogne, en 1653. L'homme mina la tour maîtresse, faisant voler en éclats les voûtes internes. Le colosse demeura cependant debout. Un tremblement de terre survenu quelques années plus tard le lézarda et cette grande fissure est parfaitement visible sur une gravure anonyme du début du XIXe siècle.


La grosse tour de Coucy et sa fissure. BNF, fond Destailleur.

Le site servit longtemps de carrière de pierre aux habitants du cru, jusqu'au jour ou Louis-Philippe d'Orléans le racheta et stoppa l'hémorragie (1829). L'architecte Eugène Viollet-le-Duc y entreprit quelques travaux de consolidation au milieu du XIXe siècle.

La fin :

Le crépuscule et l'agonie de Coucy survinrent durant la Première Guerre mondiale. Les Allemands occupèrent ville et château durant près de 3 ans. En mars 1917, l'état major impérial prit la décision stratégique de reculer le front plus au nord, sur la ligne dite « Hindenburg », et fit évacuer toutes ses armées des positions occupées depuis 1914 dans le secteur de l'Aisne. Les troupes germaniques dynamitèrent systématiquement les édifices emblématiques des villes et villages auparavant occupés. Ainsi disparurent notamment les forteresses de Ham (somme), située non loin de là, et de Coucy.

Date de la destruction :

On fixe souvent la destruction du château de Coucy au 27 mars, mais il s'agit seulement de la date à laquelle les troupes françaises pénétrèrent dans la ville. L'explosion eut en fait lieu une semaine plus tôt, le 20 mars. Le « Journal de Marche du Groupe d'Escadrons Divisionnaires de la 70e DI », découvert par Gaspard Kools (guide au château de Coucy), rapporte ce jour là : « Le château de Coucy vient de sauter. 1ere explosion à 10h45 : toute l'aile droite du château s'effondre. 2e explosion 10h50 : toute l'aile gauche disparait. » Un communiqué officiel français du 20 mars 1917 à 11h00 du soir, confirme : « Cet après-midi même, nos aviateurs ont signalé que les ruines historiques du château de Coucy avaient été détruites par une explosion. » Il est publié le lendemain (21 mars) dans un certain nombre de quotidiens nationaux, dont « Le Figaro ». Les Allemands ne sont pas en reste. Un télégramme du correspondant de guerre Adolf Köste pour le quotidien « Vorwärts », daté du 22 mars, donne des détails sur la méthode employée : « Hier, peu avant l'entrée de l'ennemi, on a fait sauter la ruine du château de Coucy, au nord de Soissons. Cette ruine, avec des murs de plusieurs mètres d'épaisseur, était un abri idéal pour des troupes et des mitrailleurs. La destruction a été effectuée au péril de leur vie par un officier et quatre pionniers, qui ont mis le feu à 28 000 kilos d'explosif. » Le texte est intégralement repris avec cette traduction dans l'édition du journal « La Croix » du 29 mars 1917, qui cite le « Vorwärts ». La différence de date apparente entre les sources françaises et allemandes (20 mars contre 21 mars), s'explique certainement par la date de rédaction du texte allemand (le 21 mars) et l'envoi réel du télégramme (22 mars).
A la place de la plus grosse tour de la chrétienté trône aujourd'hui un désolant amas de ruines informes. Le lieu n'est pas pour autant dénué de tout intérêt. Bien au contraire ! Intelligemment remis en valeur depuis plusieurs années, les imposants vestiges de la forteresse offrent toujours un aperçu impressionnant de la puissance passée des sires de Coucy. La magie de cet endroit unique affleure la surface de chaque belle pierre savamment taillée et l'ombre du chef d'œuvre d'Enguerrand III plane toujours au dessus des courtines dérasées et des tours éventrées.

L'imagination peut également s'appuyer sur les nombreuses photos, gravures et peintures antérieures à la Première Guerre mondiale. Saluons également le beau travail de reconstitution effectué par Cyrille Castellant.




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