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Château de Chinon, XIe, XVe siècle.


Textes et photos ©

Fondation :
  • Epoque celtique. Première mention écrite à l'année 446. Propriété des comtes de Blois au Xe siècle.
Sous le règne de :
  • Avant la conquête romaine. La place se trouvait à la limite des territoires des Andes, des Pictones et des Turons.
Grandes dates :
  • Occupation humaine avant la conquête romaine de la Gaule.
  • 446 Castrum assiégé par le général romain Aegidius.
  • Xe siècle, propriété des comtes de Blois.
  • 1044 Geoffroi II Martel (1040-1060), comte d'Anjou, est le maître de la place.
  • 1068 Geoffroi III le Barbu, comte d'Anjou entre 1060 et 1068, est destitué et emprisonné à Chinon par son frère Foulques IV le Réchin (1068-1109). Il restera enfermé presque trente ans.
  • 6 juillet 1189 Henry II Plantagenêt, roi d'Angleterre, meurt à Chinon.
  • 1205 Le roi de France Philippe II Auguste s'empare de la place après une année de siège.
  • 1308 Le Grand Maître du Temple Jacques de Molay est enfermé à Chinon. Graffitis de la tour du Coudray.
  • 1427 Le roi Charles VII s'installe à Chinon.
  • 1429 Première rencontre entre Charles VII et Jeanne d'Arc.
Principal intérêt :
  • Si l'on excepte la beauté sauvage du site, le château de Chinon montre parfaitement l'évolution d'une forteresse du XIe au XVe siècle. Presque chacun des propriétaires successifs a laissé son empreinte dans la pierre.
Statut :
  • Classé Monument Historique en 1926. Propriété du département d'Indre-et-Loire.
Bibliographie :
  • Pas de référence pour le moment.

1- Des origines à la conquête française

Des recherches archéologiques menées aux XIXe et XXe siècles à Chinon ont révélé une occupation très ancienne de l'éperon rocheux dominant la Vienne. Les Celtes y avaient déjà installé un oppidum, sans doute délaissé lors de la longue ère de paix romaine (51 av. J.-C. - 275 apr. J.-C.).

Après les premières descentes germaniques en Gaule (275-277), le site recouvra toute son importance stratégique et fut de nouveau colonisé par des populations vivant désormais dans la crainte d'agressions extérieures. Des monnaies, des stèles funéraires et les traces d'un mur datant approximativement de cette époque ont été mises au jour lors de différentes campagnes de fouilles. Le « Cainonense castrum » est directement évoqué pour la première fois en 446, dans le récit de l'évêque Grégoire de Tours (fin VIe siècle) intitulé « De Gloria Confessorum » (De la gloire des Confesseurs). Il dépendait alors administrativement de la cité de Tours (castrum Cainonense urbis Turonicae). Le général romain Aegidius vint y assiéger un fort appartenant au parti des Wisigoths, mais fut contraint de lever le camp après la médiation de saint Maxime (Maximus). Grégoire évoque à nouveau le castrum de Chinon à la fin du VIe siècle. Il ne s'agissait pas alors d'un château au sens où nous le concevons, mais plutôt d'une petite entité villageoise pourvue d'une solide enceinte protectrice.

Au milieu du Xe siècle, Chinon appartenait, comme Saumur, au comte de Blois et attisait la convoitise du comte d'Anjou Foulques III Nerra (987-1040). C'est finalement le fils et successeur de ce dernier, Geoffroi Martel (1040-1060), qui s'en empara après avoir triomphé de son rival blésois Thibaut III (1037-1089) à la bataille de Saint-Martin-le-Beau (22 août 1044). Chinon devint alors une place clef de la dynastie angevine, au cœur de ses immenses possessions.

Elle servit de prison presque trente ans au comte Geoffroi III le Barbu (1060-1068) destitué et remplacé par son frère Foulques IV le Réchin (1068-1109). Les souverains Plantagenêts aimaient la région au point d'établir leur nécropole en l'abbaye voisine de Fontevraud (Maine-et-Loire), à seulement quelques kilomètres vers l'ouest. Henri II Plantagenêt mourut à Chinon le 6 juillet 1189.

2- Les Capétiens à Chinon :

Après s'être emparé de Saumur en 1203 et du Château-Gaillard en mars 1204, Philippe II Auguste tourna ses armes vers l'Anjou. Philippe le Breton, l'un des deux panégyristes du Capétien (l'autre étant le moine Rigord), raconte dans sa Philippide: « Il ramena ses escadrons bardés de fer vers la citadelle de Chinon […] Remplie de richesses et entourée de fortes murailles, la ville de Chinon est en outre embellie par un site très agréable entre l'eau et la montagne. La citadelle, établie sur le sommet des rochers qui l'enveloppent de toutes parts, est bornée d'un côté par les eaux rougeâtres du fleuve de la Vienne, d'un autre côté par une vallée située au fond d'un horrible précipice. Par un don de la nature, la pente de la montagne s'élève en droite ligne vers les cieux, en sorte que le château de Chinon se vante de n'être point inférieur à celui de Gaillard, tant en raison de sa position naturelle et de ses remparts élevés, que par le nombre de ses défenseurs et la fertilité de son sol. »

La place n'avait pas perdu sa vocation de prison puisque Jean sans Terre, le dernier rejeton du couple Henri II Plantagenêt - Aliénor d'Aquitaine, y tenait encore enfermés l'évêque de Beauvais et le chef breton Conan, surnommé le Bref. Philippe mena simultanément les sièges de Chinon et de Loches et obtint la reddition des deux forteresses après une année d'effort (1205).

Enfin en possession de Chinon, le roi de France s'empressa de compléter les fortifications et se garda bien de l'inféoder à qui que ce soit. Après ses cinglantes défaites de la Roche-aux-Moines (2 juillet 1214) et de Bouvines (27 juillet 1214), c'est là que Jean sans Terre accepta de ratifier le 18 septembre 1214 le traité par lequel il reconnaissait officiellement la perte de la Normandie, du Maine, de l'Anjou et du nord du Poitou.

Chinon resta place royale française jusqu'à la fin du Moyen Age. Philippe IV le Bel y fit enfermer en 1308 le Grand Maître de l'Ordre du Temple, Jacques de Molay. Aux Templiers sont d'ailleurs attribués les graffitis couvrant les parois d'une archère de la très philippienne Tour du Coudray.

 

3- Jeanne d'Arc à Chinon

Pendant les heures les plus sombres de la guerre de Cent Ans, après la ratification du traité de Troyes (21 mai 1420), c'est à Chinon que le dauphin Charles choisit de s'établir fréquemment avec sa cour à compter de 1427. Entre les murs du château se déroula en 1429 l'un des plus célèbres et des plus étranges épisodes de l'Histoire de France. La ville d'Orléans était alors assiégée par les Anglais et menaçait de tomber.

Le journal d'un anonyme bourgeois d'Orléans contemporain des faits raconte : « Environ ces jours arriva à Chinon Jeanne la Pucelle et ceux qui la conduisaient. Ils étaient émerveillés d'avoir pu arriver sains et saufs, au regard des périls qu'ils avaient rencontrés, les rivières dangereuses franchies à gué et la longue route qu'ils avaient accomplie, au cours de laquelle ils étaient passés par plusieurs villes et villages tenus par les Anglais et d'autres encore aux mains des Français mais dans lesquels s'effectuaient d'innombrables maux et pillages. Par quoi ils louèrent Notre Seigneur de la grâce qui leur avait été faite, comme le leur avait promis la Pucelle auparavant. Ils notifièrent ce fait au roi. Celui-ci avait plusieurs fois envisagé en son conseil que la meilleure solution était de se retirer dans le Dauphiné (approximativement l'actuel département de l'Isère avec Vienne pour capitale) et de s'y garder avec le Lyonnais, le Languedoc et l'Auvergne, du moins si on pouvait les sauver dans le cas où les Anglais s'empareraient d'Orléans. Mais tout changea car il convoqua les deux gentilshommes [qui accompagnaient Jeanne d'Arc] et devant ceux de son conseil il les fit interroger sur les faits et états de la Pucelle sur laquelle ils répondirent en toute vérité. A cette occasion on délibéra en conseil pour décider si on la laisserait parler au roi. A quoi il fut décidé que oui. Et de fait elle lui parla, lui fit la révérence et le reconnut entre ses gens bien que plusieurs, croyant l'abuser, feignaient être le roi. Ce fut un grand prodige car elle ne l'avait jamais vu auparavant. »

Comme cent ans plus tôt Jacques de Molay, Jeanne d'Arc logea à la Tour du Coudray, dans des conditions bien moins difficiles toutefois. La suite figure en bonne place dans tous les manuels scolaires : Orléans délivrée, victoire en bataille rangée à Patay, sacre du roi à Reims, la capture de Compiègne et enfin le procès et le bûcher de Rouen. Mais Jeanne d'Arc avait su briser la spirale de la défaite et même sa mort ne changea rien aux données du problèmes. La victoire avait choisi son camp et les Anglais allaient être définitivement chassés de France entre 1429 et 1453. A Chinon, dans l'un des berceaux de la puissance des Plantagenêts, dynastie anglo-angevine par excellence, la France s'est forgé un avenir…

L'Histoire ne se montre guère avare de ce type de revirements ironiques. Les fantômes de Richard Cœur de Lion et de Henri II Plantagenêt se lamentent sur les échecs de leurs héritiers, pendant que ceux de Charles le Victorieux et de son égérie canonisée chantent leur éternel triomphe. Seuls les esprits tourmentés de Geoffroi le Barbu et de Jacques de Molay hurlent encore, le premier sa douleur d'avoir été emprisonné là trente ans durant par son propre frère, le second sa haine envers un roi qui l'a trahi, injustement accusé lui et les siens et jeté à jamais l'opprobre sur son nom… A Chinon plus que nulle part ailleurs, chaque pierre témoigne d'une tragédie ou d'un salutaire espoir. La phrase de l'écrivain normand Jean de la Varende prend ici tout son sens: « le passé n'est qu'un sommeil ; pour un esprit attentif et sensible tout se ranime. »

4- Après les heures de gloire

Philippe de Commynes, conseiller et biographe du roi Louis XI (1461-1483), compléta les fortifications de la vieille place. Rabelais immortalisa l'endroit en faisant de Chinon le centre de sa guerre picrocholine. Mais déjà s'amorçait l'inéluctable déclin. Lent démantèlement, carrière de pierre, le château connut du XVIIe siècle au XIXe siècle le sort tragique commun à tant de splendeurs médiévales à partir de la Renaissance. Les vieilles forteresses ne faisaient plus recette. La grande salle qui abrita la rencontre célèbre appelée à changer la destinée de la France, ne fut pas sauvée par sa dimension historique et disparut à jamais. Il n'en demeure plus que le plan au sol et le pignon ouest avec sa belle cheminée à manteau suspendue dans le vide. Seule une plaque déposée en 1929 rappelle l'importance des évènements qui se sont déroulés entre ces murs.

Le classement du site et l'acquisition par le département d'Indre-et-Loire ont renversé la tendance et permettent aujourd'hui la bonne préservation de ce lieu unique où se sont écrites quelques-unes des pages les plus fameuses de l'Histoire nationale. D'importantes restaurations menées ces dernières années, lui ont redonné son lustre d'antan.




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