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Château fort de Pirou, XIIe, XVIIe siècle.


Fondation :
  • Probablement au XIe siècle.
Sous le règne de :
  • Robert II le Pieux (996-1031), Henri Ier (1031-1060) ou Philippe Ier (1060-1108)
Grandes dates :
  • 14 octobre 1066 : Selon Wace, un chevalier de Pirou participe à la bataille d'Hastings
  • Milieu XIIe siècle : Construction de la forteresse en pierre.
  • 1418 : Le château aux mains des Anglais.
  • 1449 : Pirou repris par les Français.
  • XVIIIe-XIXe siècles : Le château change plusieurs fois de propriétaires.
  • 1966 : Acquisition du site par l'abbé Marcel Lelégard et début des campagnes de restauration.
  • 1991 : le château donné à la Fondation Abbaye de La Lucerne d'Outremer.
Principal intérêt :
  • Perdu au milieu de ses douves en eau, le château de Pirou offre au visiteur une vision de la forteresse médiévale idéale, telle qu'elle est souvent imaginée par le grand public. Restauré avec soin depuis près de cinquante ans, il sert d'écrin à la Tapisserie de Pirou, œuvre réalisée à la gloire des Normands d'Italie sur le modèle de la Tapisserie de Bayeux. À ne manquer sous aucun prétexte !
Statut :
  • Inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1968. Propriété de la Fondation Abbaye de La Lucerne d'Outremer.
Bibliographie :
  • Le château fort de Pirou - Cully : OREP Éditions, 2008.
  • M. Lelégard, La Tapisserie du château de Pirou - Ingersheim : SAEP Édition, 1994.
  • Annuaire du département de la Manche, 33e année, 1861. pp. 14-24.
  • Charles de Gerville, Second Mémoire sur les anciens châteaux du département de la Manche, dans Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, année 1825. pp. 244-250.

Origines lointaines :

La forteresse actuelle remonte au milieu du XIIe siècle, mais elle repose sans doute sur une motte castrale du XIe siècle, érigée sur un îlot perdu au milieu de la mare de Pirou. Le poète jersiais Wace place un chevalier de Pirou au cœur de la bataille d'Hastings (14 octobre 1066). Après la conquête, la famille possède nombre de domaines en Angleterre et donne même son nom au manoir de Stoke (Stoke Pero), dans le Somerset.

On trouve un certain Guillaume de Pirou avec le titre de sénéchal (« Ego Guillelmus dapifer ») parmi les signataires d'une charte de Henri Beauclerc, duc de Normandie (1106-1135) et roi d'Angleterre (1100-1135). Le moine Orderic vital affirme que « Guillaume de Pirou, sénéchal du Roi » (« Guillelmo de Pirou, dapifero regis ») compte au nombre des victimes du naufrage de la Blanche Nef, en 1120.

Les Pirou figurent à maintes reprises parmi les bienfaiteurs de l'Église, tout particulièrement de l'abbaye voisine de Lessay. Ils donnent également quelques biens à l'abbaye de Blanchelande, implantée non loin de là. Ils participent à tous les grands évènements de l'histoire anglo-normande. Un certain Robert de Pirou, par exemple, appartient à l'ordre du Temple et reçoit en 1160/1161 la garde du château de Gisors, dans l'affaire matrimoniale opposant le roi Louis VII le Jeune à Henri II Plantagenêt. Un Thomas de Pirou fait partie des 119 héroïques défenseurs du Mont Saint-Michel, qui luttent contre les Anglais en 1423.

De la Guerre de Cent Ans à nos jours :

À l'extinction de la branche aînée des Pirou, au cours du XVe siècle, le château passe à un autre grand lignage normand : les Du Bois. Pendant la guerre de Cent Ans, le château est pris à plusieurs reprises par les Anglais. À compter de 1418, il est entre les mains de John Falstolf, l'un des principaux chefs de l'armée anglaise. Les Français ne s'en rendent maîtres qu'en 1449. Charles VII demande au bailli de Cotentin, par lettres-patentes du 24 janvier 1450, de remettre Thomas du Bois en possession de sa seigneurie de Pirou.

Au cours des siècles suivants, Pirou passe entre les mains de la famille de Vassy, puis dans celles de Huguet de Sémonville, avant d'être acheté par Quesnel-Morinière, un bourgeois de Coutances. Il n'est plus alors qu'une simple ferme dont les bâtiments se délabrent rapidement. Il est racheté en 1966 par l'abbé Marcel Lelégard, qui entreprend aussitôt le débroussaillage des lieux et leur nettoyage (1966-1973), puis commence la restauration des structures (1972-1987). En 1981, M. Lelégard crée la Fondation Abbaye de La Lucerne d'Outremer (reconnue d'utilité publique), à laquelle il fait don du château fort de Pirou en 1991.

La légende des oies de Pirou :

On raconte qu'au temps où les Vikings dévastaient la région, ils se heurtèrent à la forte résistance de la garnison du château fort de Pirou. Ne pouvant le prendre d'assaut, ils se résolurent à l'assiéger et à attendre que la faim fasse son œuvre. Très vite, les défenseurs épuisèrent leurs provisions et commencèrent à ressentir cruellement les effets de la famine. Mais la place avait autrefois été construite par des fées, filles d'un puissant magicien et l'on avait ici conservé une forte inclination pour la magie. Pour échapper à un sort tragique, les occupants se métamorphosèrent en oies grâce à la formule contenue dans un vieux grimoire. D'un battement d'ailes, ils purent s'envoler au-dessus des murailles. Quand les Vikings comprirent qu'ils avaient été joués, ils entrèrent dans une rage folle et boutèrent le feu à la place.

On ne flirte cependant pas impunément avec la magie, fut-elle blanche. Pour recouvrer leur ancienne apparence, les oies devaient lire à rebours la formule de transformation. Tâche ardue pour qui ne possède ni main pour tourner les pages, ni bouche pour prononcer des mots ! Quand elles regagnèrent Pirou, elles ne trouvèrent par ailleurs plus que des cendres et aucune trace du précieux manuscrit.

On chuchotait encore, au XVIIIe siècle, que ces mêmes oies revenaient chaque année à Pirou, sans doute avec l'espoir de recouvrer un jour leur forme humaine...

 




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