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Origines lointaines
:
La forteresse actuelle
remonte au milieu du XIIe siècle, mais elle repose
sans doute sur une motte castrale
du XIe siècle, érigée sur un îlot
perdu au milieu de la mare de Pirou. Le poète jersiais
Wace place un chevalier de Pirou au cur de la bataille
d'Hastings (14 octobre 1066). Après la conquête,
la famille possède nombre de domaines en Angleterre
et donne même son nom au manoir de Stoke (Stoke Pero),
dans le Somerset.
On trouve un certain
Guillaume de Pirou avec le titre de sénéchal
(« Ego Guillelmus dapifer ») parmi les signataires
d'une charte de Henri Beauclerc, duc de Normandie (1106-1135)
et roi d'Angleterre (1100-1135). Le moine Orderic vital affirme
que « Guillaume de Pirou, sénéchal du
Roi » (« Guillelmo de Pirou, dapifero regis »)
compte au nombre des victimes du naufrage de la Blanche
Nef, en 1120.
Les Pirou figurent
à maintes reprises parmi les bienfaiteurs de l'Église,
tout particulièrement de l'abbaye voisine de Lessay.
Ils donnent également quelques biens à l'abbaye
de Blanchelande, implantée non loin de là. Ils
participent à tous les grands évènements
de l'histoire anglo-normande. Un certain Robert de Pirou,
par exemple, appartient à l'ordre du Temple et reçoit
en 1160/1161 la garde du château
de Gisors, dans l'affaire matrimoniale opposant le roi
Louis VII le Jeune à Henri II Plantagenêt. Un
Thomas de Pirou fait partie des 119 héroïques
défenseurs du Mont Saint-Michel, qui luttent contre
les Anglais en 1423.
De la Guerre de Cent
Ans à nos jours :
À l'extinction
de la branche aînée des Pirou, au cours du XVe
siècle, le château passe à un autre grand
lignage normand : les Du Bois. Pendant la guerre de Cent Ans,
le château est pris à plusieurs reprises par
les Anglais. À compter de 1418, il est entre les mains
de John Falstolf, l'un des principaux chefs de l'armée
anglaise. Les Français ne s'en rendent maîtres
qu'en 1449. Charles VII demande au bailli de Cotentin, par
lettres-patentes du 24 janvier 1450, de remettre Thomas du
Bois en possession de sa seigneurie de Pirou.
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Au cours des siècles
suivants, Pirou passe entre les mains de la famille de Vassy,
puis dans celles de Huguet de Sémonville, avant d'être
acheté par Quesnel-Morinière, un bourgeois de
Coutances. Il n'est plus alors qu'une simple ferme dont les
bâtiments se délabrent rapidement. Il est racheté
en 1966 par l'abbé Marcel Lelégard, qui entreprend
aussitôt le débroussaillage des lieux et leur
nettoyage (1966-1973), puis commence la restauration des structures
(1972-1987). En 1981, M. Lelégard crée la Fondation
Abbaye de La Lucerne d'Outremer (reconnue d'utilité
publique), à laquelle il fait don du château
fort de Pirou en 1991.
La légende
des oies de Pirou :
On raconte qu'au
temps où les Vikings dévastaient la région,
ils se heurtèrent à la forte résistance
de la garnison du château fort de Pirou. Ne pouvant
le prendre d'assaut, ils se résolurent à l'assiéger
et à attendre que la faim fasse son uvre. Très
vite, les défenseurs épuisèrent leurs
provisions et commencèrent à ressentir cruellement
les effets de la famine. Mais la place avait autrefois été
construite par des fées, filles d'un puissant magicien
et l'on avait ici conservé une forte inclination pour
la magie. Pour échapper à un sort tragique,
les occupants se métamorphosèrent en oies grâce
à la formule contenue dans un vieux grimoire. D'un
battement d'ailes, ils purent s'envoler au-dessus des murailles.
Quand les Vikings comprirent qu'ils avaient été
joués, ils entrèrent dans une rage folle et
boutèrent le feu à la place.
On ne flirte cependant
pas impunément avec la magie, fut-elle blanche. Pour
recouvrer leur ancienne apparence, les oies devaient lire
à rebours la formule de transformation. Tâche
ardue pour qui ne possède ni main pour tourner les
pages, ni bouche pour prononcer des mots ! Quand elles regagnèrent
Pirou, elles ne trouvèrent par ailleurs plus que des
cendres et aucune trace du précieux manuscrit.
On chuchotait encore,
au XVIIIe siècle, que ces mêmes oies revenaient
chaque année à Pirou, sans doute avec l'espoir
de recouvrer un jour leur forme humaine...
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