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Abbaye aux Hommes - St-Etienne de Caen - XIe, XVIIIe siècles.


Textes et photos ©

Fondation :
  • 1063/1064 par Guillaume le Conquérant.
Sous le règne de :
  • Philippe Ier (1060-1108)
Grandes dates :
  • 1073 : Consécration de l'abbatiale.
  • 1087 : Inhumation du Conquérant à Saint-Etienne.
  • XIIIe siècle : Achèvement du chœur et du chevet.
  • XVIe siècle : L'abbaye est pillée et ruinée par les huguenots.
  • 1566 : effondrement de la tour lanterne.
  • XVIIe : L'abbaye restaurée est rendue au culte.
  • 1663 : Application de la réforme mauriste.
  • XIXe : Les bâtiments conventuels sont transformés en lycée et l'abbatiale devient église paroissiale.
  • 1944 : Bombardement de Caen. L'abbaye aux Hommes, refuge de la population civile, est volontairement épargnée.
Principal intérêt :
  • Saint-Etienne est l'un des premiers jalons de l'architecture romane en Normandie. Elle sert régulièrement de modèle pour les réalisations futures, dans le duché comme en Angleterre. La sévérité de sa façade romane, sa nef élégante et lumineuse, contrastent avec l'envolée gothique soigneusement ordonnancée de la tour lanterne et du chœur. L'effet visuel impeccable du chevet s'admire depuis les jardins de l'esplanade Louvel.
Statut :
  • Classé Monument Historique en 1840. Propriété de la commune.
Bibliographie :
  • Pas de référence pour le moment.

Guillaume le conquérant :

Lorsqu'en 1059 le duc de Normandie Guillaume le Conquérant (1035-1087) parvint à faire valider à Rome son mariage avec Mathilde de Flandre (ils étaient cousins à un degré prohibé), il prit avec son épouse l'engagement solennel de fonder deux établissements monastiques, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes. Son épouse se chargea de la construction de la Trinité (abbaye aux Dames), pendant qu'il s'occupa de celle de Saint-Etienne (abbaye aux Hommes).

Le premier abbé en fut Lanfranc de Pavie, son conseiller intime et ami, archevêque de Canterbury à compter de 1070. Un contemporain (Guillaume de Poitiers) rapporte en avant 1073 : " Ce fut, pour ainsi dire, par une sainte violence qu'il l'établit abbé du monastère de Caen, charge que Lanfranc repoussait non moins par amour de l'humilité que par la crainte de se voir élevé à un rang supérieur. Dans la suite, il combla de possessions, d'argent, d'or et d'ornements divers ce monastère qu'il avait fondé et érigé à grands frais sur un plan vaste et somptueux, monastère certainement digne de saint Etienne, protomartyr, dont les reliques devaient le rendre célèbre et en l'honneur duquel il devait être dédié. "

Une inhumation perturbée :

Guillaume renforça le prestige de sa fondation en y faisant ensevelir sa dépouille, en septembre 1087. Orderic Vital donne de l'inhumation une narration assez glauque. Un certain Ascelin contesta d'abord la propriété du terrain : " Cette terre où vous vous trouvez, fut l'emplacement de la maison de mon père ; cet homme pour lequel vous priez, n'étant encore que duc de Normandie, la lui enleva violemment, et, lui ayant refusé toute justice, y fonda cette église dans l'abus de sa puissance. C'est pourquoi je réclame ce terrain et le revendique ouvertement. De la part de Dieu, je m'oppose à ce que le corps du ravisseur soit couvert de ma terre et enseveli dans mon héritage. " Devant l'insistance de d'importun, on finit par lui bailler une somme d'argent et lui en promettre davantage contre son silence.

La cérémonie put se poursuivre, mais connut bientôt une nouvelle péripétie : " Cependant, comme on descendait le corps dans la bière, et qu'on s'efforçait de le plier, parce qu'elle se trouvait trop petite par la maladresse des ouvriers, le ventre, qui était très gras, creva, et une intolérable odeur frappa les personnes qui l'environnaient ainsi que le reste du peuple. Vainement la fumée de l'encens et des aromates s'élevait copieusement des encensoirs : elle ne pouvait l'emporter sur l'horrible puanteur qui s'exhalait. C'est pourquoi les prêtres se hâtèrent de terminer la cérémonie, et de se retirer de suite tout effrayés dans leurs demeures. " Orderic conclut sur un sermon moralisateur : " A l'aspect de la corruption de ce cadavre fangeux, chacun est averti qu'il doit avec ferveur, par le travail d'une salutaire continence, essayer d'obtenir des biens supérieurs aux délices de la chair, qui est la terre et qui retourne en poussière. "

L'outrage des siècles :

La ville est conquise par Philippe Auguste peu après la chute du Château-Gaillard en 1204. Le chœur de l'église abbatiale est entièrement complété au XIIIe siècle et la croisée est alors pourvue d'une tour lanterne élancée. La cité subit de plein fouet les premiers combats de la guerre de Cent Ans et est pillée par Edouard III dès 1346. L'abbaye aux Hommes se trouve aux premières loges.

Placée sous le régime de la commende en 1485, elle n'est plus qu'une source de revenus pour des abbés peu soucieux de la discipline des moines. Mais ce sont les guerres de Religion qui causent le plus de dégâts. Les huguenots de passage dans le secteur la dévastent totalement en 1563, dispersant notamment les ossements du Conquérant ensevelis ici depuis cinq siècles. Il ne reste plus aujourd'hui, sous la pierre tombale, qu'un fémur dont on ne sait s'il appartenait réellement au vainqueur de Hastings.

Après le passage des protestants, l'abbaye est en déshérence et menace ruine. La tour lanterne s'effondre en 1566 et l'on parle de démolir l'ensemble. Le cloître et les bâtiments conventuels n'existent plus. Les habitants du cru utilisent les vestiges comme carrière de pierre. Mais Dom Jehan de Baillehache, prieur de l'abbaye au XVIIe siècle, ne l'entend pas de cette oreille et se consacre à une véritable stabilisation de la structure. Les mauristes, dans les murs à compter de 1663, se livrent pour leur part à une véritable restauration, néanmoins respectueuse de la forme première de l'édifice, sur les plans du frère architecte Guillaume de la Tremblaye. C'est ce dernier qui lance le chantier des nouveaux bâtiments conventuels au début du XVIIIe siècle.

La Révolution disperse la communauté, mais l'abbaye est transformée en lycée, ce qui la protège du sort funeste de Jumièges et de tant d'autres Biens Nationaux. Saint-Etienne échappe à un ultime péril en juin 1944. Dès le lendemain du jour J, les anglo-américains appliquent à la ville la tactique du tapis de bombe. Etabli comme îlot sanitaire, la fille du Conquérant échappe au désastre, alors que la population civile s'est réfugiée entre ses murs.

L'Hôtel de Ville y est établi depuis 1965.




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